Crise du logement aux Îles

 

La population des Îles non propriétaire de son logement fait face à une crise majeure. Une crise qui a des impacts importants sur les plans personnels, économiques et sociaux. La pénurie de logements, qui semblait être prise au sérieux par la municipalité, tombe maintenant dans l’oubli dans la nouvelle Stratégie d’attraction des personnes.

 

Lorsque j’ai participé aux différents Forum des Partenaires organisés par la ville, en 2016 et 2017, je fus à ce point impressionné par la vitalité de la société civile aux Îles, son sens de l’engagement et de l’implication collective, que je signai un texte intitulé La Communauté Retrouvée peu de temps après. C’est dire à quel point je peux avoir confiance envers les liens de solidarité qui unissent les Madeliniennes et les Madelinots. Or, à la lecture du rapport du Forum 2018, force est de constater que la problématique du logement ne figure pas dans les enjeux démographiques. Et pourtant, ceci était le centre des discussions lors du Forum 2017, c’est à rien n’y comprendre!

La campagne d’attractivité des personnes est littéralement un coup de publicité de la part de la ville.

Je ne comprends pas cette tendance à vouloir gérer la municipalité comme une business et à considérer que l’archipel nécessite une image de marque.

Les enjeux liés à l’attractivité des personnes, que l’on retrouve dans le plan d’action, vont comme suit:
1. Promouvoir la qualité de vie exceptionnelle de notre archipel
2. Positionner les Îles comme un milieu de choix pour travailler
3. Intégrer harmonieusement les nouveaux arrivants
4. Développer des mesures spécifiques à l’immigration

Je vais vous dire ce qui offre une «qualité de vie exceptionnelle», qui permet «un milieu de choix pour [y] travailler», qui «intègre harmonieusement les nouveaux arrivants» et qui correspond absolument à un besoin «spécifique à l’immigration»? Avoir un toit sur la tête!

Tout le monde connaît la situation, ai-je besoin de la nommer? L’achalandage touristique crée une pression accrue sur le marché de l’habitation. Et pendant que certains pointent du doigt les touristes et se plaignent qu’ils sont les responsables qu’on les «foute dehors» l’été, je préfère m’en prendre aux différents paliers de gouvernance qui ont coupé dans l’investissement en habitations collectives – coopératives d’habitation, HLM, résidences, etc. – et laissé entièrement le terrain à l’entreprise privée.

Vous voulez un plan d’action pour attirer du monde aux Îles. Je vais vous en concocter un gratuitement. Voilà :
Enjeu : Pénurie de logements disponibles.
Solution : En bâtir.
L’année dernière je travaillais fort à essayer de monter un comité logement aux Îles. Tanné d’entendre toutes les histoires de personnes flouées, mises dehors, qui subissent des augmentations de loyer ridicule, qui vivent dans des bâtisses humides, moisies et puante, je me suis dit faut prendre les choses en main. J’ai contacté différents organismes publiques qui m’ont appuyé dans mes démarches, notamment au niveau des lois relatives au logement. Évidement, ne pouvant être un comité à moi seul, j’ai fait un appel sur les réseaux sociaux et dans mon cercle d’ami.es afin de tâter le pouls et trouver des personnes intéressées.

Un comité logement servirait, a priori, à défendre les droits des locataires et à faire pression sur les instances de pouvoir. Les locataires doivent avoir une voix pour améliorer la situation et enfin obtenir une plus grande offre en habitations pour répondre à leurs demandes.

Je fus plus ou moins surpris par certaines des réponses obtenues. D’abord, beaucoup des gens qui avaient envie de s’impliquer dans ce type de comité étaient ceux qui n’avaient pas le temps. Ce sont généralement des travailleurs et travailleuses saisonnières, ne sont pas aux Îles l’hiver, se cherchent des logements année après année… Et ce n’est pas avec leurs semaines de 50 à 60 heures l’été qu’ils et elles sont disponibles pour former un comité. Aussi, certaines personnes se disaient craintives des répercussions qui pourraient provenir de leurs propriétaires si elles commençaient à revendiquer leurs droits. Enfin, on m’a écrit des réponses du genre «si on a des comités qui critiquent les propriétaires, on va faire peur aux investisseurs qui auraient envie de bâtir des logements»! Je suis tombé en bas de ma chaise.

Plus souvent qu’autrement, on ne signe pas de bail aux Îles. Fair enough, c’est légal. Mais il semble que pour beaucoup de propriétaires ce soit une façon de se déresponsabiliser face à leurs obligations. Pourtant, plusieurs droits reviennent de plein gré aux locataires, qu’il y ait bail verbal ou écrit. La régie du logement est très claire sur le sujet: un bail verbal est tout aussi valide qu’un bail écrit. Et oui! Vous pouvez refuser une augmentation de loyer même si il n’y a pas de bail écrit! Cependant, comme nous sommes en situation de crise de logement, les propriétaires ont le beau jeu. Il y a un line up de locataires prêts à accepter leurs conditions. Alors ils sont souvent inflexibles. Et personne n’aime vraiment passer par la Régie du logement. Donc les locataires plient ou déménagent (encore!) ou quittent tout simplement les Îles.

L’autre game, c’est celle de la location hivernale. Si le locataire refusait de quitter son logement fin mai, le proprio ne va tout simplement pas louer sa maison… qui restera inhabitée tout l’hiver durant. C’est quand même fou ça! On a des statistiques sur le taux d’inoccupation des logements (qui est, à ma connaissance, autour de 1%, ce qui est incroyablement bas) mais nous n’en savons que très peu sur le nombre de maisons inhabitées aux Îles. Et pourtant, bien des maisons sont en fait des logements et ce, toute l’année. Ainsi, les locataires emboîtent le pas. On obtempère, on accepte de signer pour octobre à mai. On fera du camping cet été, on vivra à 12 dans une maison à 2500$ par mois, on ira vivre sur le divan d’un membre de sa famille ou on verra…

Il est plus que temps que la municipalité joue son rôle dans ce dossier. Et qu’on ne vienne pas me dire que ce n’est pas sa responsabilité de bâtir des logements. Non. Sa responsabilité est de répondre en premier lieu aux besoins criants de la population. Elle a le pouvoir de reconnaître la situation, d’aller chercher les fonds publiques, d’émettre les permis de bâtiments, d’ajuster le zonage, de modifier les taxes… Mais surtout, il est temps que la municipalité arrête de faire comme si ces 100 nouvelles personnes par année qu’elle souhaite attirer aux Îles ont tout le loisir de dénicher un logement abordable et convenable.

En attendant que la situation change, l’été prochain j’habiterai sur un bateau. Car en effet, il est plus facile et moins dispendieux d’avoir une place à la marina de la Grave que de se dénicher un logement aux Îles.

 

 

 

5 réflexions sur “Crise du logement aux Îles

  1. Plus ça change, plus c’est pareil! Lorsque j’étais au primaire et au secondaire (1984 à 95) j’habitais avec ma mère (monoparentale une bonne partie de ces années là) qui n’avait pas de gros moyen pour louer une maison malgré son emploi. On devait donc louer une maison d’octobre à mai car déjà à l’époque les maisons louées à l’année n’étaient pas nombreuses et celles louées aux touristes l’été coûtaient moins cher le reste de l’année (le seul avantage pour ma mère et moi). Je me retrouvais donc à devoir déménager seulement dans une maison en octobre, alors que j’avais déjà débuté l’école et nous devions sortir de la maison à la fin du mois de mai ce qui venait encore tout chambouler la stabilité donc j’avais besoin en tant qu’enfant et particulièrement dans un moment important comme la fin de l’année scolaire. C’est triste de voir que c’est encore le même scénario aujourd’hui. Je pense même qu’il est pire car il semble y avoir encore moins de logements. Ayant moi-même aidé mon fils de 20 ans à chercher cet automne (puisque je vie à Qc maintenant) je peux dire que j’étais anxieuse qu’on ne trouve rien pendant des semaines. Heureusement pour lui c’est réglé… pour l’instant!

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