Will I be pretty?

T’es ronde. J’veux dire, c’est pas un secret. La rondeur, c’est pas comme l’anxiété ou le diabète, c’est tout le temps visible. Même si tu t’habilles vraiment bien. Même si ton visage est magnifique. Même si t’as une répartie enviable. T’es ronde et tout le monde le remarque. C’est comme ton qualificatif principal. […] Quand t’es ronde, tu peux pas être autre chose que ronde. Tu peux pas être sportive parce que t’es ronde. Tu peux pas être en santé parce que t’es ronde. Tu peux pas être belle non plus. Mais tu peux plein de quand même, par contre. Tu peux être quand même en forme pour une grosse. Tu peux être quand même en santé pour une grosse. Tu peux être quand même belle pour une grosse. T’en as comme ta claque, hein ? Ton pouls d’athlète et ton parfait bilan sanguin ne devraient pas porter des jeans taille 16. Mais c’est ça ta vie. Pis tu porteras jamais du 4 ans. Pis ça devrait pas déranger personne. Parce que t’es pas juste en santé, t’es belle. Pas quand même.

Ça, ça a été le début d’une réflexion.

C’est un p’tit bout d’un article qui a été publié sur le blogue des Populaires il y a quelques semaines qui m’a fait du bien et que j’ai voulu partager. Je l’ai pas fait finalement, j’ai pas osé. Depuis, ça me trotte dans la tête, j’arrivais pas à savoir ce qui m’avait empêché de le faire.

C’est pas comme si j’allais révéler un secret. C’est pas comme si le monde allait faire le saut. Je suis ronde. « Bien prise » comme la madame que je connaissais pas au salon l’a gentiment fait remarquer.

La plupart du temps, je suis bien avec moi. Pour vrai, ça m’arrive de me trouver belle, je sais que mon corps n’est pas parfait, mais je l’assume pis je suis bien dedans, c’est le mien. J’ai plein de qualités et plein de défauts que je connais, que je travaille ou accepte. 90 % 80 % du temps mettons, je suis en paix avec tout ça. Mais l’autre 20 % du temps j’ai pas envie de sortir de chez nous parce que je me trouve trop si, pis pas assez ça. Ça fait quand même presque 80 jours par année à pas être fine avec moi. 80 jours où je suis pas capable de regarder le monde en face pour pas qu’ils me renvoient ce que je veux pas voir.

T’sais, c’est beaucoup je trouve. Je me dis que ça se peut pas penser de même. Que ça devrait pas se pouvoir en tout cas.

Mais le pire, c’est qu’en écrivant ça j’ai réalisé pourquoi j’avais pas osé partager. Je me suis rendu compte que j’ai plus de facilité à écrire que je me trouve nulle des fois, que d’écrire que je me trouve belle pis bonne la plupart du temps.

Ça c’est pas normal.

Pis récemment, un événement m’a fait réaliser à quel point c’est grave. À quel point, c’est devenu la norme, justement. Malheureusement. Je veux dire, je savais déjà que la relation que les gens entretiennent avec leur corps et leur eux-mêmes est vraiment malsaine des fois. Que je suis pas la seule à avoir ce struggle-là.

Mais, une soirée il y a pas longtemps où on regardait des photos, j’ai entendu des amies magnifiques être tellement dures envers elles-mêmes que ça m’a fait mal. Je nous ai vu, voir juste nos défauts, nous indigner devant les compliments, incapables de voir ce que les autres trouvaient de beau chez nous. Et le faire de façon tellement naturelle. Comme si c’était normal.

À ce moment-là ça ma parue être une fatalité, un obstacle insurmontable tellement on est nombreux à avoir l’estime de soi toute frêle. Tellement c’est ancrée profond cette espèce de non-amour de ce qu’on est.

Fait que je me suis dit que ça se pouvait pas que ça soit insurmontable.

J’ai eu le goût de relever le défi. Pour moi la rentrée scolaire, ça a toujours été mon moment pour prendre des résolutions. Même depuis que je rentre plus à l’école. J’ai envie, pour l’année scolaire 2015-2016 (lolol) de faire le point sur ma relation avec moi-même. De surmonter l’insurmontable. D’arrêter d’avoir la confiance en moi chancelante. Parce que je le mérite. Parce que je me dois ça.

J’ai tellement envie qu’un jour, ça n’existe plus les rapports compliqués à nos corps toute pas parfait, qu’on comprenne pis qu’on accepte ce qu’on a de différent pis de croche. Qu’on réalise que ce qui fait de nous de beaux humains, c’est justement ça, qu’on soit pas parfait.

Fait que, à partir de maintenant, je vais essayer de m’aimer juste un petit peu plus, tous les jours. Tous les 365 jours que l’année apporte. Et toutes les fois que j’aurai la chance de le faire, je vous dirai, jolies gens qui m’entourent, je vous dirai à quel point vous êtes beaux. Pis pas juste dans vos corps. Dans vos têtes aussi pis dans tout ce que vous êtes.

La trame :

C’est pas une chanson. C’est un slam, mais je pouvais pas faire autrement.

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