Saison morte

Quand je suis revenu m’établir aux Îles en 2015, j’avais peur de m’ennuyer durant la saison hivernale. Dans ma tête, j’avais le préjugé que l’automne et l’hiver, c’est la saison morte. Et pourtant, cette saison n’a vraiment rien de morte. Elle est moins effrénée que la saison estivale, mais un peu lenteur, ça fait du bien après avoir couru comme des fous pendant deux ou trois mois. Ce changement de rythme entre la saison estivale et la saison hivernale, non seulement je le trouve en fin de compte agréable, mais je crois aussi qu’il est salutaire. Nous serions incapables de … Continuer de lire Saison morte

Année

Un an déjà que j’habite sur un archipel.

Un an à voir la mer tous les jours; un an à sentir l’air salin et à me faire ébouriffer par un vent qui souffle sans s’essouffler; un an à réapprendre à vivre au contact de nouvelles expériences, de nouvelles personnes et de nouvelles idées.

Un an, c’est si peu, pourtant, et me voici ancré ici pour ce qui s’annonce être une vie. Continuer de lire Année

“Es-tu une fille des Îles?”

  “Es-tu une fille des Îles?” Une réponse aux variations multiples. Certains jours, elle se sentait prise dans un rôle d’imposteur. Sa mère, une fille bien d’ici était devenue avec le temps doctorante dans la métropole, et ne revenait maintenant que deux semaines par année, le temps des vacances estivales. Elles réalisaient, mère et fille, la qualité temporaire de leur séjour insulaire. Elles s’en tenaient à répondre, sans préciser, que d’éviter la canicule montréalaise en étant dans un si bel endroit, c’était un beau plan pour une évasion d’été. La fille était aux Îles, mais simplement en tant que travailleuse … Continuer de lire “Es-tu une fille des Îles?”

Les bras de la mer

  Je dors dans les bras de la mer Bercé dans un cocon De douces ténèbres Et le murmure des clapotis Je sens sa main sur mon front Vague de tendresse Qui veille sur mon sommeil Profond comme ses abysses   Mon jardin est planté de mâts Droits et fiers Où fleurissent des voiles Comme autant de lys blancs Au parfum de rêves Tressés de ports attrayants Qui me donne des envies d’Anticosti et de Miquelon De Chéticamp, de Terre-Neuve et de La Rochelle Pour finir par la Guadeloupe   Et puis le vent me porte Des airs de piano, … Continuer de lire Les bras de la mer

La tour et les abeilles

Avant de commencer, je voudrais juste souligner que j’ai écrit cet article de mon propre chef sans que personne ne me l’ait demandé. J’ajoute d’ailleurs en toute honnêteté que je n’ai moi-même demandé de permission à personne. Un des sujets chauds en ce moment aux Îles (pour moi en tout cas), c’est ce projet de construction d’une nouvelle tour de communications par Bell Mobilité au Havre-aux-Maisons. Je n’ai pas très envie de vous faire un remake de cet article de Radio-Canada qui en parle, mais je pense qu’il est nécessaire de relater les faits afin d’en venir aux points que … Continuer de lire La tour et les abeilles

Point de bascule

  Au P’tit Bois Le ruisseau chante à nouveau Libéré de sa prison hivernale Il fait des vocalises Entre les grands sapins Ravivant mes souvenirs Un pont de fer Une cabane dans les bois Et des jeux d’enfant   Des filets d’eau Courent sur le chemin de terre mouillée Ici et là Des flaques couvertes D’une mince couche de glace Que je m’amuse à casser du bout de mes bottes Réprimant l’envie D’y sauter à pieds joints Tous les matins   Je me remets à gravir La butte derrière chez moi Havre-Aubert Toute nue devant mon regard Beauté enivrante Que … Continuer de lire Point de bascule

Repenser le sens de l’implication citoyenne et les liens avec la communauté

Il y a plus d’une dizaine d’années lorsque je suis débarquée aux Îles pour la première fois, une des choses qui m’a interpellée c’est la solidarité et l’esprit de communauté qu’on retrouvait sur ce petit territoire insulaire ancré au cœur du golfe du Saint-Laurent. La solidarité de ces gens de mer et cet esprit de communauté ancré dans le quotidien et la culture des insulaires. Forgés en partie dans l’adversité et par la nécessité de se serrer les coudes dans des conditions qui n’ont pas toujours été faciles, parfois laissés à eux-mêmes et oubliés par les gens du continent, les … Continuer de lire Repenser le sens de l’implication citoyenne et les liens avec la communauté

Travaux forcés

J’ai quelque chose de très important à partager et qui nous concerne tous. Au moment où j’écris ces lignes (mardi le 26 février 2019), cela fait une semaine jour pour jour que la grève étudiante a été votée dans ma faculté (celle des arts, à l’UQAM). Il est possible que certains d’entre vous se demandent quel est le rapport avec les Îles, ou même l’insularité (parce que Montréal a beau être une île, elle est tout sauf isolée). En fait, ceux qui me connaissent un peu savent que je suis convaincue que le changement d’une société s’opère une communauté à … Continuer de lire Travaux forcés

En ton absence

J’ai envie de t’écrire. T’écrire quoi, au juste? Je ne sais pas trop. Je pourrais te dire que tu me manques, tout simplement, mais c’est trop dénué de poésie et trop simpliste pour décrire la douleur qui m’habite depuis ton départ. Ma pensée est remplie de mots qui m’échappent et de phrases qui refusent d’être portées par ma voix ou même de sortir par la pointe de mon crayon.  Continuer de lire En ton absence

Pression

L’autre jour, j’expliquais à quelqu’un pourquoi j’ai arrêté mes études après le CÉGEP pour en arriver à rentrer à l’université seulement à 26 ans (j’en ai maintenant 27). C’était parce qu’auparavant, je manquais de maturité et surtout de confiance en moi. Ça s’était transformé en gros besoin d’approbation de la part des autres et d’assurance par rapport à ce que je voulais faire, jusqu’à ce que je me donne un coup de pied dans le derrière et que je me décide à vivre ma vie en fonction de moi-même. J’ai aussi parlé de ma vie aux Îles et j’ai évoqué … Continuer de lire Pression

Éloge de la solitude

J’appréhende déjà ce moment où je mettrai les pieds dans l’univers familial, moment lors duquel je me ferai torpiller par un flot infini de questions redondantes, de commentaires opiniâtres et de platitudes auto-référentielles répétées d’une année à l’autre par une fratrie en déficit d’affection. Je regrette d’avoir accepté l’invitation de mon oncle à me rendre dans sa banlieue-dortoir où les trottoirs n’ont pas encore été inventés et où chaque maison est identique dans sa fadeur. Continuer de lire Éloge de la solitude

Chapeau!

C’est un drôle d’objet, ce chapeau; un peu farfelu, décoloré, plutôt crasseux… habité par quelques petits mollusques qui ont choisi de s’y accrocher, pensant à tort qu’il s’agissait d’un grand navire destiné à parcourir les océans… Ce n’est pas un beau galurin bien fait comme on en trouve sur les têtes des gens pressés et distingués des grandes cités. Ceux-ci, d’ailleurs, l’auraient bien snobé. Continuer de lire Chapeau!

La culture du consentement

Le #metoo (connu aussi au Québec comme étant #moiaussi ou #balancetonporc en France) implique la dénonciation de bien nombreux enjeux; allant des avances et sollicitations inappropriées, du harcèlement, des actes et des touchers gênants et allant jusqu’au viol. Il a fait couler beaucoup d’encre et on s’est mis à adresser le problème à l’échelle (quasi) mondiale. Beaucoup de femmes ont trouvé ça libérateur et beaucoup d’hommes ont trouvé ça menaçant et inquiétant. D’ailleurs, à ce sujet, je vous conseille fortement de regarder cette excellente vidéo. Je sais que le gros des propos de ce hashtag en particulier tournent autour des … Continuer de lire La culture du consentement

Étudier à nouveau

Depuis que j’ai commencé à écrire pour ce blog, j’avais hâte de rédiger et publier cet article. Voyez-vous, j’ai 27 ans et je viens tout juste de compléter ma première session à l’Université du Québec À Montréal pour le baccalauréat en Études Littéraires. Nombreux sont mes camarades trameurs qui y sont allés et qui ont déjà fait part de leur expérience UQAMienne sur ce blog. Je diffère en ce sens qu’il s’agit pour moi d’un retour aux études, puisque ça fait maintenant sept ans que j’ai complété mon CÉGEP et que je n’avais jamais étudié dans une université auparavant. J’ai … Continuer de lire Étudier à nouveau

Chicanez-vous

Noël est enfin derrière nous. Le temps des fêtes est probablement la période de l’année la plus stressante : beaucoup de route dans des conditions pas toujours évidentes, des soupers interminables, copieux et riches en alcool, l’achat des cadeaux et le manque de sommeil ne sont pas toujours faciles à gérer. Mais le plus stressant est sans doute revoir la famille et les proches pas si proches, avec leurs idées bien arrêtées. Nécessairement, un mononcle un peu saoul va tenter de te convaincre que, si on ne fait rien, le Cap-aux-Meules va être envahi par les islamistes radicaux. Ta grand-mère va … Continuer de lire Chicanez-vous

Fille des Îles

« On peut sortir la fille des Îles, mais pas les Îles de la fille ! » Une phrase clichée, certes, mais qui me colle à la peau. Un peu comme si les Îles étaient intrinsèquement liées à ma définition de moi-même. Et pourtant, malgré cet attachement viscéral, persiste une dualité entre l’ici et l’ailleurs. Pendant longtemps, j’étais convaincue que je ferais « ma vie » aux Îles. Tout au long de mon exil pour mes études universitaires, je n’avais qu’une envie :  revenir. Ce que j’ai fait, peu de temps après la fin de mes études. Mais malgré une belle vie ici avec … Continuer de lire Fille des Îles

Adulthood Achievement Unlocked

C’est y est. Ça se tramait depuis un certain temps, et depuis lundi midi, c’est chose faite. Contrat signé, argent remis. J’ai eu 30 ans en octobre et, en ce cette deuxième semaine de janvier 2018, je gère officiellement une entreprise. Une entreprise pile poil dans mon champ d’études et de compétence. Une bouquinerie. L’Île du Livre. Mon bac en études littéraires va servir en fin de compte. Il faut dire que les livres et moi, on s’aime depuis longtemps. Je vous l’ai dit dans un autre texte, je suis un féroce bibliovore doublé d’un écrivain. Et maintenant, je possède … Continuer de lire Adulthood Achievement Unlocked

Derrière la machine à espresso

Fin août, la saison estivale tire à sa fin. La Grave s’est calmée, ses habitants reprennent leur souffle après cet été éclair coloré, tout en intensité. L’été aux Îles. Un de plus au Café. Neuf années déjà ont passé depuis cette première fois où je suis partie sans payer mon allongé. Comme tant de gens, j’étais restée marquée par le lieu; son histoire, son charme rustique, ses personnages uniques d’ici et d’ailleurs… Un amalgame parfait. Depuis, je n’ai jamais pu décrocher. Mais chaque année, fin février, le dilemme devient de plus en plus pesant : retourner aux Îles travailler, ou … Continuer de lire Derrière la machine à espresso

La maison verte

Quand je suis arrivé aux Îles il y a déjà quelques années, c’est une maison verte qui m’a accueilli. J’ai squatté à quelques endroits, mais c’est chez elle que j’ai réellement posé mes fesses en me sentant chez moi pour la première fois : une maison verte comme Fatima-la-belle. La maison n’était pas touristique; elle n’avait pas une vue à couper le souffle (pour les Îles, on s’entend…). Elle était fonctionnelle, mais aurait mérité un peu d’amour. La peinture vert électrique des bardeaux écaillait. Certaines lattes du plancher flottant se déplaçaient. Je me suis cogné l’orteil sur le plancher inégal près … Continuer de lire La maison verte

Les trolls, c’est pas toujours cute

  Avertissement : Ce ne sera pas une chronique sur ces adorables créatures aux cheveux farfelus, mais bien sur ces personnes qui sévissent sur Internet à coup d’injures et d’attaques personnelles, sexistes et xénophobes.   Derrière un écran, dans l’anonymat de leur salon, les trolls insultent les gens s’exprimant sur les réseaux sociaux. Leur venin est assez puissant pour détruire une personne, la forcer à tout abandonner. C’est ce qui est arrivé à Judith Lussier il y a environ deux semaines. Elle n’est que la dernière d’une longue série. Les trolls sont une plaie sur Internet, personne n’apprend ça en lisant … Continuer de lire Les trolls, c’est pas toujours cute

Le Trésor de Brion

Je crois qu’il est important de préserver l’Île Brion. C’est la seule île de l’archipel qui réunit tous les écosystèmes, sauf celui des lagunes. Elle abrite aussi une faune aviaire riche et diversifiée, certaines espèces ne nichant qu’à Brion. Cependant, je comprends ceux et celles qui, dans les années 1980, bien que favorables à la création d’une aire protégée, ressentirent une certaine dépossession lorsque le gouvernement décréta l’expropriation de l’île. Continuer de lire Le Trésor de Brion

Be my valentine

Quand j’ai prononcé mon intention de parler du célibat pour mon prochain article (qui tombe, ô surprise, en pleine semaine de la Saint-Valentin), je ne m’attendais pas à susciter autant de réactions. Mon intention était simple : aborder le célibat de front, parce que c’est omniprésent, parce que nous l’avons tous vécu, et surtout, surtout, parce que je sais, pour en être, que cette période de l’année, février et sa froidure, est un bon moment pour se demander sempiternellement par quel miracle on est encore célibataire cette année. Je vais d’abord commencer par une nuance : le célibat n’est pas … Continuer de lire Be my valentine

Grisoune ou jamais sans mon char

J’étais à l’extérieur des Îles quand j’ai appris la nouvelle. Ce matin-là, Saint-Hyacinthe avait troqué sa délicieuse odeur de chocolat pour celle pas mal moins plaisante de fumier. On m’a appelé tôt pour m’annoncer le diagnostic : Grisoune ne s’en sortirait pas. Ça nous prend toujours par surprise, même si, avec le moindrement de recul, la mort avait déjà commencé à pointer son nez. J’ai demandé à ce qu’elle soit maintenue en vie artificiellement pour régler les derniers détails. Mais je savais qu’elle ne pourrait pas rentrer aux Îles. Grisoune allait entamer son dernier voyage sur le continent. Il peut sembler … Continuer de lire Grisoune ou jamais sans mon char

Renaître de décembre

Le temps des fêtes a toujours été pour moi un temps de réjouissances. Plus je vieillis, plus il devient également temps de gratitude, où je me donne la mission de remercier les gens qui m’ont le plus aidé (ou aimé) durant l’année. Je suis de ceux qui commencent à écouter la musique de Noël à peu près au même temps où la bûche de Noël Vachon se pointe le bout du nez (c’est-à-dire PRESQUE AVANT L’HALLOWEEN). Pourtant, étrangement, cette année, cette euphorie a laissé place à autre chose, une sorte de contemplation. Je crois que j’ai vieilli. Je ne le … Continuer de lire Renaître de décembre

Le petit bonhomme qui ne croyait pas aux pères Noël

La décoration de l’arbre de Noël en famille était, comme à chaque année, un évènement qu’Émile attendait avec impatience. Ses parents s’improvisaient designers d’intérieur l’espace d’une heure. Émile contribuait en plaçant quelques boules dans son coin préféré de l’arbre. Le coup d’envoi de l’avent était donné. Cette période avait quelque chose de magique. Son père devenait fou à l’arrivée des premiers flocons et réécoutait pour la millième fois Joyeux Noël, Charlie Brown! emmitouflé dans sa vieille couverture de laine de Snoopy. Pour sa mère, Noël signifiait les retrouvailles avec sa famille qui habitait à l’extérieur des Îles. Même son chien, … Continuer de lire Le petit bonhomme qui ne croyait pas aux pères Noël

La haine n’a pas gagné

Depuis l’élection de Donald Trump aux États-Unis, je reçois une escalade de nouvelles d’agressions homophobes, transphobes, xénophobes ou, plus simplement, humanophobes. Je ne conteste pas le fait que la montée de Trump ait pu provoquer ce genre de réaction. Par contre, j’ai beaucoup de mal avec l’idée qu’on se fait, particulièrement dans les médias, comme quoi l’élection de Donald Trump a suffi à causer autant de violence. Considérer Trump responsable de ces actes, c’est ne pas considérer franchement et directement les individus qui les posent. C’est refuser d’admettre la liberté de l’agresseur, son choix, son intelligence. Les États-Unis ne sont … Continuer de lire La haine n’a pas gagné

Sweet sixteen ou Lettre à l’ado que j’ai déjà été

Ti-Pou, D’abord sache que je vais t’appeler Ti-Pou parce que c’est maintenant pour moi quelque chose d’affectueux, et une marque de proximité. C’est comme ça que j’appelle les gens que j’aime. Je sais que t’aimeras pas ça parce que c’est infantilisant, mais accorde-moi le droit de te donner au moins cette marque d’affection-là. C’est comme un « Ti-Pou » ironique, si tu veux. Y a un peu de LOL dedans. Okay okay, j’arrête d’essayer de faire le jeune. La première chose, Ti-Pou, c’est que ça vaut la peine de vivre, et de vivre au-delà du sweet sixteen, dans la cour … Continuer de lire Sweet sixteen ou Lettre à l’ado que j’ai déjà été

La philosophie sauve des vies

J’enseigne la philosophie et je considère que c’est la matière la plus importante (évidemment). Pourquoi? Parce que la philosophie sauve des vies, rien de moins. Ça peut te sembler un peu lourd aujourd’hui comme sujet, Madeleine, mais je te demande de me suivre jusqu’au bout. Ça va se passer sans douleur. Tu pourrais même apprendre quelque chose. Comment une matière de fumeurs de pot où de vieux Grecs discutent de la vie peut-elle jouer ce rôle? Eh bien, la philosophie y parvient en déstabilisant celui qui entre en contact avec elle. La principale tâche de la philosophie – ce qui … Continuer de lire La philosophie sauve des vies

Si tu veux construire un bateau

Je suis fier d’être Madelinot. C’est l’endroit où je suis né et où j’ai grandi et je l’aime profondément, tout comme la communauté qui l’habite. J’aime ses plages de sable blond, ses caps de grès rouge, ses lagunes fragiles, ses buttes verdoyantes, ses boisés modestes et le sentiment d’immensité qui m’étreint lorsque mon regard scrute l’horizon et se perd là où la mer et le ciel se confondent. J’aime son peuple tricoté serré, un peuple têtu, fier, courageux, généreux, bon vivant et solidaire. Ah ! Il a des défauts, comme tous les peuples du monde, mais pas suffisamment pour altérer … Continuer de lire Si tu veux construire un bateau

Un coup de vent dans la face

Je l’ai dit souvent, je le dis encore, je le dirai (probablement) toujours : les Îles-de-la-Madeleine forcent à l’authenticité. Je ne parle pas seulement des gens d’ici. Je parle de cette nature intimidante, cette mer forte, et surtout ce vent qui vous renvoie tout dans la face. Les soirs d’orage nous le rappellent : le temps ici – mais c’est vrai ailleurs aussi, bien sûr – est plus fort que nous. À quoi bon faire semblant alors? À quoi bon être quelqu’un d’autre que soi dans ce petit monde-là? Ce serait être chauvin que de dire que tout le monde est … Continuer de lire Un coup de vent dans la face

Enlève ton burkini et montre-nous ton nombril!

Commençons par une expérience de pensée. Par une belle journée d’été, vous vous promenez sur la plage de la Dune du Sud. Vous y croisez quelqu’un se baignant complètement habillé. Vous vous dites : « Pas de stress. Il veut se protéger du soleil. Il est gêné. De toute manière, qu’est-ce que ça me change ce qu’il porte à la plage? C’est peut-être mieux que de voir son gros ventre qui ne pourrait jamais faire la couverture d’un magazine. » Pour l’instant, l’histoire est banale. Changeons un peu les paramètres. Par la même et belle journée d’été, vous croisez à la Dune du Sud … Continuer de lire Enlève ton burkini et montre-nous ton nombril!

Les « Scouts »

Ça va faire deux ans que je fais partie de ceux et celles qui restent. Ce n’est pas très étonnant, je n’ai pas manqué un seul été en neuf ans d’études à Montréal et ça faisait déjà quelques années que je faisais partie de ceux et celles qui s’attardent. Année après année, le séjour estival s’allongeait. Il faut dire que ma maîtrise me donnait plus de latitude, surtout lorsque je suis tombé en rédaction. Fin août, début septembre, mi-septembre, fin septembre, début octobre, mi-octobre… Jusqu’à ne plus repartir et passer à nouveau un hiver, cet hiver qui fait peur avec … Continuer de lire Les « Scouts »

L’été de ta vie

Ok, on va parler des vraies affaires un petit peu. Je sais pas si j’ai passé les derniers étés sous une roche, mais il me semble que cette année, le concept de « l’été de ta vie » me rentre particulièrement dedans. Je t’explique en bref : de Facebook à Instagram jusqu’aux conversations courantes, l’idée selon laquelle l’été est la saison qu’il ne faut pas « manquer », cette idée qui nous rappelle qu’il faudrait toujours être quelque part en train de faire quelque chose commence sérieusement à me peser. J’en prends pour preuve le fait que je suis le premier à sentir que … Continuer de lire L’été de ta vie

Épisode : Couchée dans cuisine

Je suis couchée par terre dans la cuisine de mon appartement. Toutes les lumières sont éteintes. Je fixe le plafond sans le voir réellement. Je respire. Fort. J’inspire. J’expire. Je sens l’air entrer dans mon nez, ma gorge, mes poumons. Mes mains suivent le rythme sur mon thorax. Ça m’aide à me concentrer sur ma respiration. Parce que ma tête spin au maximum. Il faut que j’arrête de réfléchir, mais je n’y arrive pas. Je suis tellement fatiguée. Je réfléchis mal. Tout se bouscule. Rationnel. Irrationnel. Positif, négatif, neutre, ce n’est pas si clair en fait. Tout ce que je … Continuer de lire Épisode : Couchée dans cuisine

Le scepticisme d’une citoyenneté superficielle

Tout le monde a eu l’occasion de lire une bonne quantité d’articles, de blogues, d’éditoriaux et de réflexions sur les récentes élections canadiennes et… désolé pour ceux qui sont déjà un peu blasés de ce sujet, mais c’est un peu de cela dont je vais vous entretenir. Cependant, je n’ai pas envie de participer à la Trudeaumania ici*, ni même de faire la critique du gouvernement conservateur ou de commenter la débâcle de la formation bloquiste. Il est triste, je trouve, de voir à quel point LE** politique est relégué au second plan dès la date critique des élections passée; … Continuer de lire Le scepticisme d’une citoyenneté superficielle

À l’aventure!

Je ne suis pas ce qu’on pourrait appeler une aventurière. Enfant, j’étais plutôt du genre à avoir peur de découcher à rappeler aux autres qu’il fallait retourner à la maison. Je me rappelle très bien être la plate qui dit « on devrait pas faire ça » après avoir stressée pendant au moins 15 minutes à m’imaginer qu’on se ferait arrêter parce qu’on voulait faire du pouce. Bon, j’entends déjà les gens qui me connaissent aujourd’hui éclater de rire. J’avoue, j’ai appris à l’échapper un peu depuis. N’empêche que tout portait à croire, il y a au moins des millions d’années, que … Continuer de lire À l’aventure!

Cette journée-là

  Il y a longtemps que je mijote ce texte dans ma tête; j’avais beaucoup à dire. Je ne trouvais ni les mots, ni la trame pour bien exprimer ce qui me restait encore au fond du cœur. Puis, ce matin-là, les mots se sont placés et j’ai pensé offrir une trame spéciale. J’ai partagé mon texte à Dominique Gagnon, De la laine pis d’la barbe, et l’ai invitée à se laisser inspirer. Merci Do, pour ta mélodie, ta voix, ton écoute et ta compréhension; je n’aurais pas pu trouver meilleure trame.      10 juillet 2015. C’était ce matin, il y a 6 ans. Comme … Continuer de lire Cette journée-là

Y’a des jours comme ça

Y’a des jours où c’est juste facile. Où je me dis que tu as raison, Madeleine, qu’il suffit de t’adopter et de te laisser nous adopter en retour. Comme une promesse. Celle d’être vraie, sans attente sinon d’être juste bien. Je suis bien chez toi, Madeleine, je suis bien avec toi. J’ai fait de ton monde le mien et j’oserais dire que je te ressemblais un peu, avant même de m’identifier à toi. Dans mes valeurs, mes besoins, mes rêves. Être chez moi, chez toi, ça me fait du bien. Ce n’est pas toujours facile. Des fois, je me remets … Continuer de lire Y’a des jours comme ça

Perdu au cœur du golfe

« Situé en plein cœur du golfe du Saint-Laurent, l’archipel des Îles de la Madeleine… » La formule est commune, éculée presque. Je ne vois pas un guide touristique qui ne la contiendrait pas. Mais sa banalité n’est pas ce que je lui reproche le plus. Cette phrase est trompeuse. Les Îles, c’est bien plus loin que ça en a l’air. Sur un archipel, l’isolement se nomme « insularité ». Continuer de lire Perdu au cœur du golfe

L’observateur du café

  Je suis seul au fond du café avec mon espresso. Je regarde tranquillement ce qui se passe alentour, j’écoute les pièces de jazz anonymes qui sortent faiblement des enceintes. Cette foule, d’une trentaine de personnes, semble composer un tout uniforme et confus dans le café. Une masse anonyme qui participe à créer cette ambiance propre à tous les cafés de la planète. Et pourtant, chaque personne a son histoire, chaque dialogue a son contexte. La serveuse qui a le regard constamment posé sur chacune de ses tables, à essayer de visualiser l’état du repas de chacun, à voir si … Continuer de lire L’observateur du café

Tout ça va trop loin

  Je ne peux pas être le seul à le ressentir, l’air à un drôle de goût ces derniers jours, ces dernières semaines, ces derniers mois… L’atmosphère des décisions gouvernementales semble nous peser comme une mauvaise journée de pluie : sombre, lourd, triste et intarissable. Je sais que la plupart d’entre vous en ont assez de se faire dire que ça va mal, que les coupures sont ci, que les réformes sont ça. Cependant, je ne peux pas me résoudre à parler de quelque chose d’autre. C’est beaucoup trop important pour qu’on ne mette pas l’emphase, une fois de plus, sur … Continuer de lire Tout ça va trop loin

Comment, finalement, ne pas parler de yoga.

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Crédit : Jean-Étienne Solomon

 

J’ai été faire une séance de yoga.
Mais ce n’est pas ce dont je vais parler.
Parce que je ne vous dirai pas à quel point je pouvais avoir l’air ridicule dans certaines postures.
Parce qu’aussi je vais parler du contraire.
Comment, finalement, le ridicule n’est pas.

Alors je ne parlerai pas de ma séance de yoga de cette semaine.
Je cherche plutôt à parler de « performance ».
La performance, c’est tout et rien à la fois.
C’est du trop et du pas assez.
De l’extrême finalement, à trop grande dose.
Je crois, qu’en progressant dans la vie, On réalise de moins en moins qu’on nous impose de performer.
C’est embêtant.

La performance. La pression.
On la comprend moins, elle est là, on la côtoie, elle nous tue à petit feu.
Et on l’évacue difficilement.
… la performance scolaire, les attentes au travail, la compétition au sport, la comparaison avec les pairs, l’éducation des enfants, c’est sans fin.

Performance, Pression.
C’est une atteinte.

Performance, Pression.
C’est une attente.
Souvent fausse que l’autre a de nous.

C’est lorsque l’on ne se souci pas tellement du regard des autres,  que performance et pression deviennent plutôt : amélioration et bienêtre.

Alors on prend la place qu’on mérite Sans prétention.
Exemple d’une journée banale : Tu abandonnes l’idée de faire chauffer ton plat au travail ou à l’Université, la file est longue. Prétexte : « Aussi bien laisser la place aux autres, pas plus grave que ça. ».

Et LA fois, quand finalement tu fais chauffer mon plat, une personne se pointe derrière, tu écourte la minuterie, cède la place, assez pressé, pour ne pas déranger.

Un jour, ça m’est arrivé.
Ce jour, j’ai esquissé un sourire J’ai laissé la minuterie à son heure, j’ai attendu que le micro-onde fasse sa job.
Un bon 2min30.
Et j’ai jasé avec le gars qui attendait derrière moi.
ll vient de Bulgarie.
Puis, j’ai trouvé un endroit pour crécher sur les abords de la mer Noire pour le prochain voyage qui m’attendait.
En plus mes pâtes étaient chaudes.
Non mais!

Ce que je cherche à dire.
C’est que rien n’est malsain dans le fait de laisser la place à autrui, de s’effacer un peu, de faciliter l’existence des autres.

Mais rien n’est plus sain que de prendre la place qu’on mérite,
Se faire du bien, se respecter à part entière, tout comme on respecte l’autre.

Alors, voilà comment, finalement, le ridicule de mon histoire de yoga n’est pas.
Que la performance, la pression, l’atteinte et  l’attente, n’existent souvent que dans nos têtes.
Et qu’elles sont bien loin de l’amélioration du bienêtre.

Que l’on fasse, en somme, un grand bien à soi-même.
Et se déposera sur nous…
…par les façons les plus spontanées et magnifiques…
…le doux regard de l’autre.

Et la trame :
Big country du banjoïste Béla Fleck.

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Si ta muse était sur les réseaux sociaux…

Le Trameur: As-tu un bon sujet de texte pour moi… je cherche pour les trames. Son inspiration: Hummmm bonne question… L’amour, l’identité, l’insularité, la paix dans le monde… Le Trameur: … ok … Donc on va dans l’originalité? Son inspiration: Sinon, le macaroni, le Nouvel an chinois, le prix du bardeau de cèdre qui a augmenté, la danse africaine, le scrapbooking, le camping d’hiver, le jardinage, etc.




 Hi! Hi! Le Trameur: Ok ok ok ok ok. Je comprends. Mais j’ai vraiment aucune inspiration. J’ai presque envie d’écrire sur le fait que j’ai rien à écrire…! Son inspiration: Ha! Ha! C’est … Continuer de lire Si ta muse était sur les réseaux sociaux…

Bande de caves. 18 « J’aime ». 2 commentaires

Il n’y a pas plus de gens idiots aujourd’hui; il n’y a que plus de gens qui se permettent d’insulter, le plus souvent derrière un surnom. Mépriser n’est qu’une autre stratégie pour attirer l’attention sur internet. Comme quoi un vidéo de chat n’est pas toujours aussi innocent qu’il en a l’air. Continuer de lire Bande de caves. 18 « J’aime ». 2 commentaires