Chapeau!

Sur une île se trouve un chapeau.

Il est là, comme ça, bêtement échoué entre deux rochers, sur une plage désertée par la marée qui s’est retirée.

Mais comment est-il arrivé là, ce chapeau?

Ah, je n’en sais rien. Vous non plus, j’imagine?

C’est un drôle d’objet, ce chapeau; un peu farfelu, décoloré, plutôt crasseux… habité par quelques petits mollusques qui ont choisi de s’y accrocher, pensant à tort qu’il s’agissait d’un grand navire destiné à parcourir les océans… Ce n’est pas un beau galurin bien fait comme on en trouve sur les têtes des gens pressés et distingués des grandes cités. Ceux-ci, d’ailleurs, l’auraient bien snobé.

Avant que vous ne commenciez à lire ceci, un cancer irroratus un peu curieux s’est approché du chapeau, mais celui-ci ne lui plaisait pas. De toute façon, il était un peu trop grand pour lui. Et puis, qui en voudrait vraiment? Il n’est plus à personne, ce chapeau. C’est un couvre-chef sans chef. C’est un chapeau anarchiste.

Un jour, il avait coiffé la tête d’un gamin qui apprenait encore à compter ses crottes de nez. La découverte par ses parents d’un premier spécimen de pediculus humanus capitis dans le chapeau avait cependant mené à son confinement dans un lot d’ordures nauséabondes destiné au dépotoir.

Le chapeau, bien sûr. Pas le gamin.

Ainsi pris au piège, sans espoir de retour au bercail, n’importe qui aurait paniqué. Mais pas le chapeau. De toute façon, ça ne panique pas, un chapeau. Ça garde toujours son calme. D’ailleurs, ça lui a bien servi lorsqu’il s’est retrouvé délicatement traîné hors du dépotoir par un procyon lotor, qui pensait à tort pouvoir manger le chapeau; hélas, le chapeau fut rapidement abandonné sur la rive d’un ruisseau.

Il y resta quelques temps. Ce n’était pas si mal; après tout, il ne devait rien à personne, ce chapeau, il avait tout son temps.

Puis, à la fin de l’hiver suivant, le ruissellement de la fonte des neiges fit gonfler le ruisseau, qui emporta doucement le chapeau vers de lointaines contrées.

Et c’est probablement comme ça qu’il s’est échoué, là, sur cette île.

Déjà, son escale prend fin. La mer l’a repris, comme une mère qui saisit avec un soupçon d’irritation la main de son enfant distrait par un écureuil.

Au revoir, chapeau. Bon voyage!

Trame:

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