Fuir

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« Être soudain son propre destin pour aboutir aux sources de soi-même. Oublier les bâtisseurs de vie qui foulent nos existences, tous ces spectateurs impuissants d’un drame qui leur échappe. Oublier les gêneurs de la vie, les grands saboteurs de l’existence pour entrer de plein pied dans le plaisir d’être. »

– Jacques Salomé

Il n’y a aucun doute, j’aime cet endroit si lointain, qui m’habite et que j’habite aussi un peu. J’aime cet endroit, mais je ne peux y vivre.

Comprenez-moi bien : rien ne m’est plus réconfortant que le bruit des vagues un soir de juillet, que le son du sable sous mes pieds, vif couinement que j’ai essayé à maintes et maintes reprises de reproduire en vain. Je vous en parlerai souvent, de cet amour pour le vent, pour la générosité des gens et surtout, pour les étoiles qui s’effacent dans le ciel et cessent un peu d’exister dans l’ailleurs.

Toutefois, chaque grand rêve comprend sa part d’éveil. Et bien qu’il s’agisse d’un lieu mystique et grandiose, je dois m’avouer que je devrai partir et repartir encore.

Ne vous méprenez pas, j’y ferai escale dès que j’en aurai l’occasion. Mais je suis de ces gens qui étouffent en espaces clos. Je suis de ceux qui se réinventent, se redéfinissent, se retravaillent sans cesse. Et cet endroit, empreint de souvenirs et d’histoire, voue un si grand respect au passé qu’il est parfois difficile d’y grandir. Et à vingt ans, grandir est tout ce dont je suis capable et ce que je désire le plus. Repousser les limites du possible et les possibilités des limites. Afin de pouvoir m’expatrier, me perdre, me reperdre et éventuellement, me retrouver. Faire connaissance avec moi-même, évoluer.

Les Îles, ce sera toujours cet endroit réconfortant et sécuritaire où je pourrai jeter l’ancre pour y reposer la tête quelque temps. Ce sera la famille, cette maison petite et chaleureuse qui demeurera, rassurante, toujours là à m’attendre. Ce seront les étés de soleil, de plaisir et de sel. Ce seront les soirs qui s’étirent dans un café et les souvenirs qu’on y grave. Ce seront les fous rires entre amis, les amours juvéniles et les couchers de soleil qui émeuvent aux larmes.

Ce sera si beau, parce que ce sera rare. Parce que ce sera précieux. Parce qu’à chaque instant, ce sera rêvé et surtout attendu avec impatience.

En août, je repartirai vers l’ailleurs. Je viderai mes poches du sable et des roches qu’elles contiennent et je ne me retournerai pas. Je garderai plutôt les Îles en moi. Pour que celles-ci soient mes racines, sans qu’elles ne deviennent les cordes qui m’attachent et m’empêchent de voler. Que vive en moi l’héritage d’un vent qui arrache et pousse vers l’avant.

Par Joanie Poirier

À moi de moi :

À toi de moi :

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