J’ai pas peur.

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source : pixabay

 

Je suis sans mot, j’ai mal au coeur.

Dimanche avait déjà mal commencé. Les vidéos des milliers de personnes coincés dans les gros aéroports chez nos voisins du sud m’ont bouleversé profondément.

Est-ce que c’est vraiment possible de vivre dans l’abondance du rêve américain et de refuser l’entrée à tous les réfugiés ainsi qu’aux voyageurs en provenance de sept muslim-majority countries pour « protéger le pays des radicaux » ?

Est-ce que c’est possible de claquer la porte au nez à des milliers d’êtres humains (déjà rendus) qui fuient leur pays sous prétexte qu’on a peur ?

Une peur non fondée, d’ailleurs. Dans les quarante dernières années, 3 024 personnes ont été tuées par des terroristes étrangers en sol américain. 98,6% de ces morts sont survenues le 11 septembre 2001.  Pourtant, les terroristes du 11 septembre provenaient tous de pays qui ne sont pas visés par le ban. Pourtant, dans les quarante dernières années, aucun américain n’a été tué par quelqu’un provenant de l’un des pays visé par le ban. Zéro personne¹.

Pourtant.

Pourtant, on continue de voir des tweets du président qui nous dit « making america safe again ». Pourtant, on continue de mener des pays en maintenant les gens dans la peur. Brutalement, sans nuance.

& dimanche soir.

Pas chez nous ! que le monde s’est exclamé. Pas de chicane dans ma cabane au Québec, on le sait. On est fins, fins pis on s’excuse, nous autres les Canadiens.

Pourtant, c’est arrivé chez nous. Chez nous aussi, il y a la peur de l’autre.

Chez nous aussi, on laisse la place sur heure de grande écoute à des gens qui disent qu’une tête de cochon sur le porche d’une mosquée, c’est juste une bonne blague. Qui disent « on n’a pas les bons immigrants, ça prend moins d’arabes, plus d’asiatiques, les arabes viennent ici pour faire changer nos modes de vie et nous infiltrer ». On leur laisse dire que le racisme au Québec, ça existe pas. Ben non. Pas chez nous. On a des amis noirs, t’sé.

S’il y a une chose que j’aimerais qu’on retire collectivement de cet événement, c’est la réalisation que c’est pas juste chez les autres que ça arrive. Que c’est ici aussi le traitement médiatique vraiment douteux². Que c’est ici aussi les discours haineux.  Que c’est à nous aussi à dire non. À nous aussi, à ouvrir nos têtes pis nos bras.

Je trouve ça beau ce qui s’est passé, l’énorme élan de solidarité. Les rassemblements dans le frette de notre hiver, les sous ramassés, les gestes d’amour. Le gros vous faites partie de la gang, pis on vous aime qu’on a lancé à la communauté suite aux événements. Ça me conforte.

Je nous souhaite de ne pas l’oublier. Je nous souhaite d’aimer les hommes, de tendre la main plus souvent. Je nous souhaite des rencontres interculturelles qui révèlent que les différences ne font pas peur, au contraire. Je nous souhaite plus d’amour, de douceur, d’empathie. Je nous souhaite de l’acceptation et de l’ouverture.

J’ai pas envie de vivre dans un monde où c’est possible d’avoir tellement peur de ce qu’on ne connait pas, qu’on tue. Qu’on tue des humains. Qu’on tire sur des hommes, des femmes, des enfants qui prient. L’Autre est trop beau pour ça.

La solidarité qui nous rassemble depuis dimanche doit demeurer, elle a un Québec à garder beau et grand et fier. Nathaël écrivait, suite à l’élection de Trump, la haine n’a pas gagné. S’il vous plait, le monde, prouvez-lui donc qu’il a raison.

Amour caliss.

L’humanisme est peut-être un combat que nous ne gagnerons jamais, mais ce qui fait la valeur d’un combat, ce n’est pas sa victoire, c’est sa raison d’être.

E. Emmanuel  Schmitt


¹CATO Institute.

²Manal Drissi ♥ (qui l’explique trop bien).

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