Il existe un coin charmant

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Illustration : Victo Ngai

Ne pas avoir de Noël blanc n’est pas quelque chose de si extraordinaire aux Îles de la Madeleine. Il y a longtemps que j’ai fait le deuil des hivers rigoureux de mon enfance où nous passions beaucoup de notre temps à glisser dans la neige du haut des buttes ou à faire du ski de fond avec ma mère et mes tantes. Cependant, nous sommes maintenant à la mi-janvier et on se croirait parfois en plein mois d’avril. Je ne peux pas m’empêcher d’être préoccupé par ces quelques arpents de slush.

 

Contrairement à Donald Trump, je ne crois pas que les changements climatiques soient un canular des Chinois, mais bien une réalité on ne peut plus tangible et observable. Les cris d’alarme de la communauté scientifique se font de plus en plus pressants et de plus en plus nombreux partout à travers le monde. C’est un fait, nous vivons de plus en plus de phénomènes météorologiques extrêmes. Demandez aux gens de Percé ce qu’ils en pensent. Si on ne peut pas relier l’ensemble de ces phénomènes aux seuls changements climatiques, leur multiplication et l’augmentation de leur intensité ces dernières décennies dénotent qu’une nouvelle réalité climatique s’impose sur le globe. Et les scientifiques croient que ça ne va aller qu’en augmentant.

 

Ce qui me fait le plus peur, c’est l’attitude de nos élus face à cette réalité. Ils devraient mettre des efforts considérables dans l’adaptation des milieux, la transition énergétique et la lutte aux changements climatiques. S’ils le font dans leurs discours, les bottines ne suivent malheureusement pas les babines. Ils se sont pété les bretelles en France, mais, une fois de retour à Ottawa et à Québec, ils ont pris des décisions politiques qui vont à l’encontre de leurs belles promesses de réduction des émissions de gaz à effet de serre suite à l’accord de Paris.

 

Philippe Couillard a beau dire qu’il n’a aucun enthousiasme pour les hydrocarbures, son gouvernement a adopté sous le bâillon un projet de loi qui non seulement permet le forage par fracturation hydraulique et accorde le droit aux pétrolières d’exproprier les citoyens et les citoyennes vivant sur le trajet d’un pipeline, mais en plus qui dépouille les municipalités de leur pouvoir de gérer l’eau sur leur territoire, donnant la permission aux pétrolières de forer à des endroits où le schéma d’aménagement ne le permet pas.

 

Justin Trudeau a beau dire qu’il veut mettre progressivement un terme à l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta et cesser notre dépendance aux hydrocarbures, son gouvernement a autorisé la construction du projet Trans Mountain, de Kinder Morgan, un nouveau pipeline qui reliera l’Alberta à la côte ouest canadienne et permettra de faire passer la capacité quotidienne de transport de pétrole de 300 000 à 890 000 barils. Il a également autorisé le remplacement de la Ligne 3, de l’entreprise Enbridge, qui vise le transport de 760 000 barils par jour, soit environ le double de ce que la Ligne 3 actuelle est en mesure de transporter. Il me semble que, lorsqu’on veut arrêter de fumer, la meilleure attitude à adopter n’est pas de fumer un ou deux paquets de cigarettes de plus par jour.

 

J’aime les Îles, ses paysages, sa faune, sa flore, sa communauté, son histoire et sa manière de vivre. De tout mon cœur. Je voudrais les défendre en brave héros, comme dit la chanson de Sœur Rose Délima Gaudet. Ce que j’observe autour de moi, c’est que les changements climatiques ont des répercussions jusque chez nous et que nous avons des défis environnementaux de taille, comme le réchauffement des eaux du Golfe, l’élévation du niveau de la mer et l’érosion des côtes. Les gouvernements, tant fédéral que provincial, ne font rien pour remédier à la situation. Au contraire, ils prennent des décisions qui risquent de la détériorer davantage et qui augmentent le danger qui pèse sur nous. Le spectre des projets d’exploration et d’exploitation du gisement Old Harry dans le Golfe Saint-Laurent et ses possibles impacts sur notre environnement et notre communauté m’inquiètent au plus haut point. Surtout que le Canada-Newfoundland & Labrador Offshore Petroleum Board a accordé ce dimanche une extension de quatre ans à la licence de Corridor Ressources pour la phase exploratoire du projet. Les accidents comme le déversement qui a eu lieu dans le port de Cap-aux-Meules ou le naufrage du pétrolier Arca I la semaine passée près des côtes de la Nouvelle-Écosse nous rappellent la fragilité de nos milieux, la dangerosité des hydrocarbures et la faillibilité de l’industrie.

 

Il faut agir et donner l’exemple. Inspirons-nous de ces trois îles européennes qui sont autonomes et 100% alimentées par des énergies renouvelables. Il y a l’île d’El Hierro en Espagne. Sa population de 10 000 habitants a misé sur une centrale hydro-éolienne et un parc de cinq éoliennes. Ensuite, il y a l’île d’Eigg en Écosse. Sa population d’une centaine d’habitants est la première du monde à s’être entièrement débarrassée des énergies fossiles en établissant une plateforme photovoltaïque, trois hydroliennes et un parc éolien. Enfin, il y a l’île de Samsø au Danemark. Sa population de 4300 habitants répartie dans 22 villages a investi dans 11 éoliennes et une centrale biomasse. Ils vendent leur surplus d’électricité au continent.

 

Il y a déjà des bons coups aux Îles qui méritent d’être soulignés. Le Musée de la mer est équipé d’un système de géothermie. Des bornes de recharge pour les utilisateurs de véhicules électriques a été mis en place à l’Auberge la Salicorne à Grande Entrée, à la mairie à Cap-aux-Meules et à la centrale thermique d’Hydro-Québec. Plus d’une centaine de nos pêcheurs ont installé des panneaux solaires sur leurs bateaux. Le projet de parc éolien sur la Dune du Nord est au stade de collecte de données pour vérifier la faisabilité de la chose. Un transport collectif a été implanté sur l’archipel. Ce dernier comporte des lacunes, mais travaillons à l’améliorer pour le rendre plus efficace.

 

Je nous souhaite de continuer sur cette voie et d’être capables d’être de braves héros.

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