La haine n’a pas gagné

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Depuis l’élection de Donald Trump aux États-Unis, je reçois une escalade de nouvelles d’agressions homophobes, transphobes, xénophobes ou, plus simplement, humanophobes. Je ne conteste pas le fait que la montée de Trump ait pu provoquer ce genre de réaction. Par contre, j’ai beaucoup de mal avec l’idée qu’on se fait, particulièrement dans les médias, comme quoi l’élection de Donald Trump a suffi à causer autant de violence.

Considérer Trump responsable de ces actes, c’est ne pas considérer franchement et directement les individus qui les posent. C’est refuser d’admettre la liberté de l’agresseur, son choix, son intelligence. Les États-Unis ne sont pas sous régime militaire. Personne n’est forcé d’être un monstre.

Les Américains n’ont pas tous voté pour Trump. À vrai dire, une large partie de la population américaine aurait préféré élire Clinton. Une autre partie de la population n’a tout simplement pas voté, pour une raison ou une autre. Voir en cette élection le témoignage d’une Amérique malade, folle, haineuse, n’est pas juste. La cible n’est pas la bonne. Cette élection n’est pas « la victoire de la haine ». La haine, elle se propage tout autour, elle se faufile. Elle est pernicieuse, la haine, jamais aussi frontale.

Je ne crois pas qu’élire Hilary Clinton aurait sauvé les États-Unis. Après une telle campagne, la haine, on l’aurait vue de toute manière. L’élection de la première femme présidente aux États-Unis aurait servi, tout autant, de déclencheur et de justification de la haine et de la colère des agresseurs. C’est rêver en couleurs que de penser que de mettre Trump dehors freinera cette escalade de violence. À la limite, cela risque de la faire monter en flèche.

Ainsi, à ceux qui ont peur en ce moment, à tous ces gens issus de diverses communautés et qui la vivent au quotidien, cette violence, cette haine, je dis d’abord : je comprends. Mais je dis aussi : nous ne pouvons pas vivre dans la peur. Nous ne pouvons pas attendre quatre ans pour vivre. Nous devons vivre tous les jours, et faire de notre mieux pour limiter l’impact de cette haine. Ça se fait en étant disponible aux autres gens qui souffrent. Ça se fait en étant généreux, bon, ouvert au monde. Ça se fait en résistant, en nous réunissant et en combattant ensemble contre cette haine. Pas par la haine ou la violence, mais par l’empathie. L’écoute. La douceur.

Ça, ça veut dire reconnaître la violence, mais aussi ne pas lui accorder plus de place qu’elle n’en mérite. Ça veut dire créer des espaces sécuritaires pour les gens que l’on sent en danger ou fragilisés par ce climat. Ça veut dire aimer les gens, malgré tous leurs défauts, et malgré le stress.

À ceux qui affirment que leur président leur a donné le droit d’être des monstres, j’ai simplement envie de dire : non. Ton président ne t’a pas donné le droit. Tu t’es donné le droit. Tu es responsable de ce que tu fais. Et tu vas vivre avec ça, cette colère-là, cette haine-là, cette désolation-là, tout seul, sans que le président daigne lever le petit doigt pour te plaindre. Au bout du compte, c’est toi qui va y perdre. Ton président, il va vivre son moment, s’enrichir, et peut-être essayer de faire quelque chose pour les États-Unis. Toi, tu vas rester chez vous à haïr les gens qui ne te ressemblent pas. Et à te haïr aussi, quelque part. Je te le garantis.

Si la haine finit par gagner, un jour, dans l’humanité quelque part, c’est nous qui allons perdre. Pas juste moi, pas juste les autres. Tout le monde, toi compris.

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