Comme un changement de saison

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Illustration : Faustine Merle

« La seule vérité découverte à ce jour, c’est qu’il suffit d’aimer et de l’être en retour » – John Leguizamo dans le rôle de Toulouse-Lautrec dans la comédie-musicale « Moulin rouge », écrit par Baz Luhrmann et Craig Peace

 

 

Demain, ce sera la Saint-Valentin, la fête des amoureux.

 

En mai 2017, le Centre d’initiative à la recherche et d’aide au développement durable (CIRADD) présentait les résultats de sa recherche sur les personnes LGBT+ en Gaspésie et aux Îles de la Madeleine. Ce n’est pas avec une grande surprise que j’ai pris connaissance des résultats de cette recherche. En effet, elle confirmait une chose que je savais déjà : les personnes issues des minorités sexuelles vivent de l’isolement et éprouvent de la solitude. Plus de 61% des répondants partage avoir eu de la difficulté à rencontrer des partenaires sexuels ou amoureux au cours des deux dernières années.

 

Rencontrer l’amour peut s’avérer difficile en région de manière générale à cause de la faible densité de population qui caractérise ce type de territoire. Si en plus on fait partie d’une minorité comme c’est le cas pour les personnes LGBT, le défi est encore plus grand.

 

Ça fait quatre ans que je suis revenu vivre aux Îles après huit années passées à Montréal pour les études. Je suis toujours aussi célibataire qu’à mon arrivée. Néanmoins, je ne regrette pas mon choix d’être revenu vivre sur mon archipel natal. Ce défi de rencontrer quelqu’un, même si parfois il est lourd, il ne me poussera pas à m’exiler une seconde fois. J’ai trop le sentiment d’être à ma place pour envisager de tout laisser pour retourner vivre en ville en espérant y trouver ce que je n’y ai pas trouvé en huit ans malgré le plus grand bassin de possibilités. Je préfère lâcher prise là-dessus et laisser la vie m’apporter ce qu’elle a à m’apporter. Ce qui ne veut pas dire que j’y ai renoncé, loin de là. Mais je n’ai pas envie que ma peur de ne pas trouver un amoureux avec qui partager ma vie me dicte ma conduite ou me fasse passer à côté d’autres sources de bonheur.

 

Vivre aux Îles de la Madeleine m’apporte beaucoup. Un retour aux sources. Un foisonnement culturel enivrant. Un incubateur à projets. Des lieux qui, plus que des boutiques ou des restaurants, sont des milieux de vie. Des produits locaux délicieux. Une communauté tricotée serrée. Un rythme de vie plus sain, arrimé au cycle des saisons. Des paysages dont la beauté continue à couper le souffle même après 31 ans à les contempler. Le vent. La mer. L’horizon. Les buttes sur le sommet desquelles on se sent le roi du monde. Je préfère attendre de rencontrer l’amour au milieu de tout ça que de m’en priver en espérant le trouver ailleurs.

 

Et puis, le défi de rencontrer mis à part, je trouve ça plutôt facile d’être gai aux Îles. Je fais partie de ceux qui s’affichent ouvertement, et franchement, ça ne m’a jamais pesé. On a notre lot d’homophobes, bien sûr, aucune société n’a le monopole de la bêtise humaine, mais il y en aussi dans les grandes villes comme Montréal. La première chose qui a suivi mon premier baiser au Café Campus lorsque j’étais étudiant, ça été un : « Ark ! Les fifs, arrêtez ça ! ». Il y a deux ans, un ami m’a embrassé au bar le Central. Mon cœur s’est arrêté, plein d’appréhension. Mais il n’y a eu aucun regard croche, aucun commentaire déplacé. Vous dire le sentiment de victoire et de soulagement que j’ai ressenti ! Des regards croches dans le métro alors que je tenais la main de mon premier chum, j’en ai croisé. Aussi, aux Îles, je n’ai pas peur d’être tabassé au détour d’une ruelle par un Néonazi. Donc, je crois que l’image qu’on se fait de la ville comme étant une meilleure alternative pour vivre son homosexualité qu’en région est bien relative.

 

J’ai une relation ambivalente envers le 14 février. Il a tendance à me remettre dans la face ma solitude. Mais en même temps, je suis un indécrottable romantique. J’ai foi en l’amour et je l’espère de tout mon cœur.

 

Un jour, sans que je m’y attende, ça me tombera dessus, naturel et puissant comme un changement saison. En attendant, je vais me bourrer la face dans les chocolats Lindor en chantant des chansons d’amour et en appréciant de vivre dans un p’tit coin de paradis, aussi isolé soit-il.

Ma trame : Dance me to the end of love de Léonard Cohen

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