Travaux forcés

La pyramide de la reconnaissance selon Cyprien

J’ai quelque chose de très important à partager et qui nous concerne tous.

Au moment où j’écris ces lignes (mardi le 26 février 2019), cela fait une semaine jour pour jour que la grève étudiante a été votée dans ma faculté (celle des arts, à l’UQAM).

Il est possible que certains d’entre vous se demandent quel est le rapport avec les Îles, ou même l’insularité (parce que Montréal a beau être une île, elle est tout sauf isolée). En fait, ceux qui me connaissent un peu savent que je suis convaincue que le changement d’une société s’opère une communauté à la fois, alors c’est ce que je fais en m’adressant à la mienne. Ça peut sembler lent comme processus, mais j’aime bien le proverbe qui dit que si ça marche, c’est pas niaiseux.

Cette grève étudiante, c’est pour que tous les stages au Québec soient rémunérés.

Par contre, bien que certains le sont, ce n’est pas le cas de tous :

J’ai une belle-sœur qui étudie présentement en soins infirmiers et je suis inquiète de la voir aller : elle enchaîne des quarts de travail payés (car elle est assez avancée pour travailler en milieu hospitalier) et non-payés (les stages) la nuit et la fin de semaine. Ça, c’est sans compter les heures supplémentaires à remplir son rapport de stage. Résultat; il lui arrive souvent de ne dormir que trois heures par nuit (ou pas du tout)! Ainsi, en plus de faire du temps plein pour ses stages, elle doit avoir EN PLUS un emploi à côté pour payer ses factures. Je n’ai aucune idée comment ceux qui ont des enfants peuvent réussir leurs études dans de pareilles conditions.

D’un autre point de vue, j’ai mon conjoint qui étudie en génie civil et dont les stages sont obligatoirement rémunérés étant donné que lui et ses camarades de cours sont reconnus comme étant une force de travail non-négligeable. Ils doivent payer leur établissement d’études (même pour les sessions passées en stage), mais ils signent les conventions d’employés dans les entreprises pour lesquelles ils travaillent (au privé comme au public). De plus, en fonction de leur avancement dans leur formation, ils sont payés en haut d’un certain montant pour chaque heure travaillée et ce montant est au-delà du salaire minimum étant donné qu’ils ont suivi des cours liés à ces stages. Quand mon conjoint rentre le soir à la maison après une journée entière à travailler, il a encore de longues heures à consacrer à son rapport de stage, mais je suis soulagée de savoir qu’il ne mène pas le même genre de vie que ma belle-soeur.

Ce n’est pas juste.

Aussi, j’ai remarqué (et je ne suis pas la seule; beaucoup de groupes étudiants sont du même avis que moi) que les stages qui sont le plus souvent non-rémunérés sont associés à des professions qui ont la réputation d’être majoritairement occupées par des femmes (voilà pourquoi un des jours de grève a lieu lors du Jour de la Femme), ce qui mérite d’être souligné dans une société qu’on prétend égalitaire.

Pensez qu’il y a toujours quelques stagiaires à l’école où vont vos enfants, à l’hôpital et à la clinique, sur les chantiers de constructions à bâtir et entretenir les infrastructures, devant un écran d’ordinateur à gérer les codes informatiques de votre institution financière et encore bien d’autres domaines. Il y a des stagiaires dans à peu près toutes les sphères professionnelles de notre société; dans une multitudes d’institution publiques, mais aussi privées, etc. Ils sont importants, car ils nous apportent énormément de soutien et pourtant, beaucoup ne sont pas payés. C’est de l’esclavage.

Là, je sais qu’il y en a qui vont dire que j’exagère, alors j’ai fait un peu de recherche et voici ce que le Larousse dit :

« Esclavage : Fait pour un groupe social d’être soumis à un régime économique et politique qui le prive de toute liberté, le contraint à exercer les fonctions économiques les plus pénibles sans autre contrepartie que le logement et la nourriture ».

Ainsi, les stagiaires travaillent pour des entreprises qui n’ont aucun obligation légale de les payer. Ils ne sont pas vraiment libres, puisque la plupart du temps, s’ils refusent un stage, il n’est pas dit qu’ils en trouveront un autre. Et s’ils ne complètent pas leur stage, bien souvent, ils ne peuvent plus poursuivre leurs études et sont alors voués à travailler pour un salaire de crève-faim. De plus, sur le terrain, il peut arriver qu’ils accomplissent des tâches que les autres employés ne veulent pas faire tant elles sont dégradantes ou simplement ennuyantes. Finalement, ils ne sont pas nécessairement payés et traités comme de vrais salariés avec par exemple des droits contre les diverses formes de discrimination et j’en passe.

Les étudiants en éducation (primaire et secondaire, que je sache) ont quatre stages à accomplir pour compléter leur formation. Le dernier est maintenant rémunéré. C’est une victoire et il est important de la célébrer. Cependant, je trouve personnellement que la paye n’est pas à la hauteur du travail accompli, ce qui m’amène au sujet des coûts que ce projet peut engendrer : Je ne suis pas une professionnelle en économie ou en finances, mais il me semble que ça ne va pas coûter plus cher à l’état, parce qu’un étudiant qui fait plus d’argent dans son année, ça paye plus cher d’impôts et au final, un étudiant qui termine ses études plus rapidement (parce qu’il n’a pas à les faire à temps partiel pour avoir une job à côté), ça commence à payer plus rapidement de plus gros impôts. C’est donc tout à l’avantage du gouvernement et de la province.

Est-ce qu’on est à l’aube d’un nouveau printemps érable? Je ne sais pas.

Est-ce qu’on est au printemps d’une nouvelle ère syndicale? Je l’espère.


Écoute la trame « Travailler c’est trop dur » de Zachary Richard (et une autre vidéo bonus plus bas)

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