Cabane de couvertes

T’as toujours eu le bonheur facile.

T’as toujours été celle qui acceptait toutes les propositions. Celle qui se lançait dans toutes les aventures sans penser aux barrières qu’on s’impose trop souvent à soi-même. Celle qui a eu peur, mais qui a foncé quand même. Même quand tu doutais de tout. Même quand tu doutais de toi.

Mais le printemps a été dur. Le doute était plus fort, plus lourd. Il y a des printemps comme ça, qui commence un peu sombre. Gris. Le ménage du printemps de ta tête a été plus éprouvant cette année. Il y avait beaucoup de poussière. Beaucoup de nostalgie à épousseter.

C’est con la nostalgie. C’est comme une prison dans laquelle tu t’enfermes volontairement pis c’est dur de s’en sortir. Ça t’enveloppe. Comme une grosse couverte de laine, ça réchauffe, mais en même temps ça pique. Ça pique la gorge, ça pique les yeux.

T’es pas bien, mais t’as pas envie de sortir. Dehors, le monde qui brille de bonheur autour de toi brille trop fort. T’as l’impression que la lumière qui rallume les petits cœurs qui hibernaient t’aveugle. Plus que d’habitude.

Parce que toi, ton cœur, ça fait longtemps qu’il hiberne, pis c’est pas sûr qu’il est prêt à être secoué. T’es semi-bien dans ta cabane de couverte de laine, mais tu ne veux pas la défaire. Parce qu’en dehors du fort, t’as peur que ce soit pire. Parce que la dernière secousse, Richter te dirait que ça devait bien être du 11/10.

Tu sors la tête de temps en temps, mais t’oses pas. T’oses pas en parler non plus parce que t’oses pas faire de l’ombre sur le soleil des autres. Pis en parler, ça rendrait le gris plus vrai. Gris plus foncé. T’as peur qu’il t’envahisse. Fait que tu ne dis rien. T’entraînes tes yeux à briller de faux bonheur pour pas que la nostalgie te roule sur les joues.

Pis arrive la pluie.

Tu ne t’attendais pas à ce que ce soit ça qui te donne le goût de prendre l’air. Pourtant, les scientifiques le disent. Après la pluie l’environnement est complètement chambardé. Le vent mélange les feuilles, la terre, l’eau. Le pétrichor qu’ils l’appellent, l’odeur que prend la terre après la pluie.

C’est peut-être l’odeur. Ou c’est peut-être lui qu’est arrivé en même temps que la pluie. Rafraîchissant, comme une pluie d’automne. Lui qui te mets du beau dans les yeux. Qui te donne le goût de sortir prendre ta petite part de soleil à toi aussi. Qui te donne le goût d’escouer tes couvertes aux grands vents pis de les ranger pour un boute.

Comme quoi, le beau est pas toujours où est-ce qu’on l’attend.

Bon été, petite.

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La trame :

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