L’observateur du café

Café

Source : www.flickr.com/photos/kplanz/6855919503

 

Je suis seul au fond du café avec mon espresso. Je regarde tranquillement ce qui se passe alentour, j’écoute les pièces de jazz anonymes qui sortent faiblement des enceintes. Cette foule, d’une trentaine de personnes, semble composer un tout uniforme et confus dans le café. Une masse anonyme qui participe à créer cette ambiance propre à tous les cafés de la planète. Et pourtant, chaque personne a son histoire, chaque dialogue a son contexte.

La serveuse qui a le regard constamment posé sur chacune de ses tables, à essayer de visualiser l’état du repas de chacun, à voir si quelques clients seraient enclins à prendre un autre café. La concentration laisse place à un visage détendu et à quelques blagues mille fois répétées lorsque vient l’interaction avec le client. Non pas que cet échange soit faux, mais lorsque le même échange a lieu des dizaines de fois par jour, peut-on réellement blâmer quelqu’un de reprendre certaines formules gagnantes, de ne pas chercher constamment à innover?

Il y a aussi cette enfant, pas plus de six ou sept ans, qui commence à trouver le temps long entre tous ces visages étrangers et les conversations sans fin de ses parents. Par moment, elle s’autorise une escapade entre les chaises, sous les tables, à la découverte de quelque chose à faire. Bien vite, de manière quasiment automatique, elle rebroussera chemin, se trouvant maintenant bien loin des visages connus. Ses repères semblent assez limités dans cet espace.

Et il y a ces rires qu’on entend par dizaine et qui viennent prendre toute la place lorsqu’ils éclatent. On ne sait pas exactement ce qui les déclenche, mais on a l’impression qu’ils ont un effet sur l’ensemble de la clientèle. Les clients se retournent et esquissent un sourire en voyant la complicité d’un groupe d’amis. Touristes ou habitants locaux? On ne sait trop à cette date, mais tout le monde est semblable après la quatrième pinte.

Je suis assis seul au fond du café et j’observe. Demain, je ferai sûrement partie de cette masse bruyante et vivante qui façonne l’ambiance du café. Aujourd’hui, je me trouve à l’extérieur, je suis invisible à tous ces gens et j’observe, je sirote et je m’imagine des histoires pour chacune de ces personnes. Mon anonymat ne durera sûrement que quelques minutes encore, c’est presque impossible de passer inaperçu ici. C’est sûrement une des plus belles beautés de notre archipel.

La trame :

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