Siège passager

Image libre de droit

C’est avec une douce nostalgie des beaux jours à venir que j’ai envie de vous faire part de ceci :

J’adore faire du pouce.

Rectification : J’adore faire du pouce aux Îles!

Aux Îles, j’ai vraiment l’impression qu’on jouit de cette liberté, de ce sentiment de sécurité : si je faisais du stop sur le continent, j’aurais peur que le pire m’arrive et si je conduisais, j’aurais peur de faire un lift à quelqu’un pour les mêmes raisons.

Faut dire que je ne sais pas conduire.

Moi, ça fait depuis que j’ai quatorze ou quinze ans que ma mère me laisse faire du pouce toute seule librement. J’éprouve le grand bonheur que nous ayons toujours eu une relation de grande confiance mutuelle (que personne ne juge ma maman, il y a une section pour me juger un peu plus bas, à la place). Je me suis promenée de bord en bord des Îles comme ça et pratiquement à chaque jour, quand c’était l’été. J’adore revoir du monde que je connais ou en rencontrer d’autres; touristes (pardon, on dit visiteurs, maintenant) comme locaux (si, si, je vous jure, on se connaît pas tous, on connaît jamais tout le monde, en fait). Les uns me racontent ce qu’ils font là et moi aussi. On parle de lieux et de gens qu’on connait en commun, de musique, de littérature, de pêche au flétan, d’oiseaux, on échange à propos de toutes ces petites et grandes choses qui nous passionnent, bref, on est juste heureux d’être contents et on fait un petit bout de chemin ensemble. J’en ai même eu qui avaient rien à faire qui finissaient par faire un détour juste pour me déposer à ma destination finale, alors que leur destination était moins éloignée (je jure qu’à chaque fois, je n’en demandais pas tant).

Maintenant que j’y pense, c’est probablement pour ça que je n’ai pas encore le permis de conduire à 26 ans (vous pouvez me juger ici)… Ça et le fait que je reste en ville avec tous les transports en commun super-pratiques qui te donnent un retour d’impôts. Ajoute à ça le trafic, les parcomètres, les assurances, les plaques, les déneigements et autres inconvénients plate de ville qui s’arrangent vraiment pour te décourager d’avoir un char…

C’est sûr que quand tu restes en région éloignée, tu as l’impression qu’avoir une auto, c’est vraiment essentiel, ne serait-ce que pour aller te chercher du lait au dépanneur, travailler, ou encore porter le enfants à la garderie (voir la trame d’Éric à ce sujet). Loin de moi l’idée de dire à qui que ce soit ce qu’il et/ou elle devrait faire, surtout que je ne suis pas un modèle de forme physique.

Bon. On m’a déjà dit que j’avais l’avantage d’être une fille, ce qui fait que les gens allaient être plus enclins à me faire un lift (et à faire des détours pour mes beaux yeux)… C’est peut-être vrai. Toujours est-il qu’entre pouceux on jase parfois de nos techniques d’approche (« essaie de te tenir juste après les intersections pour qu’ils aient le temps de te remarquer et de réfléchir mentalement s’ils peuvent te faire embarquer ou non », « souris toujours » , etc.), des types de voitures qui ont le plus souvent tendance à s’arrêter pour nous aider (comme quoi « dis-moi ta marque de char et je te dirai qui tu es ») ou encore de la diminution de nos chances si on est sous la pluie (genre que plus tu fais pitié, moins les gens ont de compassion). Je ne vous ferai pas ici un topo sociologique au sujet des conducteurs plus ou moins généreux ou des avis que les auto-stoppeurs ont d’eux, surtout que je veux pas trop généraliser, parce que j’ai déjà eu de belles (et mauvaises) surprises.

Faire du pouce fait partie de mes plus belles expériences sociales, parce que ça me permet vraiment de tâter le pouls du monde autour de moi. Plus que dans un café ou dans un bar. Plus que dans un festival. Je peux te dire que (de mon expérience personnelle, en tout cas) ceux qui te font embarquer, c’est clair qu’ils ont quelque chose à te dire à toi.


Écoute la trame

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