Anxiété climatique

Vendredi dernier, le 27 Septembre 2019, fut la journée historique de la grande marche pour le climat. Des gens de partout (plus de 6 millions selon les statistiques!) dans le monde se sont mis à manifester pour signaler à leur dirigeants que pour eux, l’écologie est importante et qu’ils reconnaissent les changements climatiques comme étant une crise sur laquelle ils doivent travailler activement sans faire de promesses en l’air. Je félicite particulièrement les gens des autres villes au Québec et surtout mes amis des Îles qui ont aux aussi manifesté. L’épicentre de tout ce remue-ménage fut sans conteste Montréal, où 500 000 personnes se sont réunies. J’y étais. Un concours de circonstances a même fait en sorte que je me retrouve juste au devant de la scène, un peu sur le côté. J’ai donc vu de près ce qui s’y est passé.

Mon but ici n’est pas de vous raconter tout ce qui s’est passé; d’autres le font déjà. Je veux porter des réflexions suite à ce dont j’ai été témoin.

La manifestation s’est passée de façon tout à fait pacifique et dans la bonne humeur, mais ça ne veut pas dire que nous n’étions pas anxieux. En effet, la raison même de notre notre présence à cet événement est notre inquiétude par rapport à l’avenir, particulièrement en constatant le laxisme et j’irais même jusqu’à dire la mauvaise volonté de nos élus.

Certains ont perçu cette manifestation comme un moyen de chialer sur le dos de ceux qui ne recyclent pas ou même d’être condescendants envers ceux qui n’ont pas participé. Moi, ce que j’ai vu, c’étaient des gens qui essayaient de montrer le bon exemple. Le but n’était pas d’attaquer les individus, parce que bien que chaque personne a un impact sur l’environnement par rapport à la gestion qu’il ou elle fait de ses déchets et que ça tue des animaux chaque jour, il reste une très grande majorité de la pollution sur laquelle nous n’avons pas un contrôle direct : je parle bien sûr des grandes entreprises polluantes, des voitures, mais surtout de ce que les gouvernements font pour réguler ces sources de pollution (c’est-à-dire rien, voire même les encourager). De plus, les manifestants étaient très conscients que ceux qui les appuyaient n’avait pas tous pu venir.

Je reconnais moi-même être une pollueuse en mangeant de la viande chaque semaine, en consommant des œufs et des produits laitiers, en achetant du linge fait en Asie, etc. Mais j’essaie de m’améliorer : J’essaie de consommer moins de plastique en prenant des sacs en papier à l’épicerie ou encore en utilisant des emballages réutilisables en coton ciré plutôt que du cellophane. J’ai encore beaucoup de points sur lesquels m’améliorer, comme arrêter d’acheter des breuvages dans des bouteilles en plastique, mais j’essaie de faire de mon mieux et une fois que je finis par m’habituer à une nouvelle façon de consommer, j’essaie de voir ce que je peux apprendre à faire d’autre pour toujours m’améliorer. Je suis loin du zéro déchet et je n’essaie pas d’être parfaite, j’essaie juste d’en faire un peu plus chaque jour et c’est pourquoi j’ai signé Le Pacte.

La manifestation a été comme une petite aventure en zig-zag depuis le Mont-Royal jusqu’au bord du fleuve. Là, nous avons assisté à un spectacle. J’avoue que je ne m’attendais pas à voir des musiciens. Louis-Jean Cormier, qui était sur scène avec son fils (dont la voix n’avait pas encore mué) qui l’accompagnait au chant, a expliqué que c’était en attendant, parce que bien que nous étions arrivés, de nombreuses personnes n’étaient pas encore parties tellement il y avait du monde. C’est là que j’ai compris le niveau d’immensité de ce rassemblement et que cela ressemblait plus à une file d’attente géante qu’à autre chose. Aujourd’hui, on sait que ce fut la plus grande manifestation du Québec ainsi que la plus grande manifestation écologique ayant jamais eu lieu au monde à ce jour.

Il y eut les gens des premières nations qui ont chanté pour bénir l’assemblée, puis pour commémorer les nombreuses femmes autochtones disparues. Ensuite, les paroles de Cédric Gray-Lehoux (ici si le lien ne fonctionne pas), une jeune homme issu d’une communauté Mi’gmaq qui m’ont particulièrement émue. Les mi’gmaqs sont pour ainsi dire nos voisins dans le Golfe du Saint-Laurent et comme nous, aux Îles-de-la-Madeleine, ils sont aux premières loges pour observer et subir les conséquences du réchauffement climatique.

Quand j’étais petite, l’hiver, nous ne pouvions sortir des Îles que par avion à cause des glaces. Quand j’ai eu 11 ou 12 ans, la CTMA a annoncé que le traversier allait désormais être en opération toute l’année. C’est peut-être la seule conséquence positive du réchauffement climatique chez nous. Nous connaissions déjà la précarité de nos littoraux par rapport à l’érosion (il n’y a qu’à simplement voir comment le grès rouge se désagrège simplement en grattant), mais ce phénomène a empiré et de nouveaux rapports scientifiques ont sorti depuis les 15 dernières années : Les glaces étaient essentielles pour protéger les falaises des violentes tempêtes hivernales. Je suis encore très jeune; je n’ai que 28 ans! Il y a de nombreux autres facteurs à l’oeuvre et des gens plus âgés pourraient vous raconter bien d’autres anecdotes et peut-être que vous-même en auriez beaucoup à dire. L’ouragan Dorian, qui fut plus puissant que prévu, est une preuve supplémentaire que cette crise est bien réelle et non-négligeable. De plus, ce genre de phénomène grave risque de se reproduire de plus en plus souvent.

Pourtant, même si nous avons beaucoup attendu et que le nombre de solutions possibles a diminué, il reste des moyens de s’en sortir, mais cela nécessite un passage à l’acte immédiat. Le Québec peut montrer l’exemple et influencer les autres à faire de même.

Finalement, Greta Thunberg est montée sur scène et nous hurlions son nom. Surprise devant ces frénétiques acclamations et devant cette marée de gens littéralement à perte de vue, elle a souri et a déclaré son discours. Greta n’est pas importante en soi. Elle-même le reconnait. Elle n’est pas scientifique et n’a pas (encore) fait d’études permettant de lui accorder une quelconque crédibilité professionnelle. Mais elle est un symbole, un élément déclencheur, un catalyseur vers qui nous nous sommes tournés et qui nous sert de porte-parole auprès des instances gouvernementales et elle les confronte parce qu’elle se base sur des faits scientifiques avérés et qu’elle n’a rien à perdre, ni à gagner. Voilà pourquoi nous l’écoutons. Pendant qu’elle parlait de la crise climatique en citant des nouvelles sources scientifiques qui rendaient d’autant plus urgentes la prise de conscience collective et la mise en pratique de plans d’actions concrets qui ne viennent pas, j’étais tétanisée. Et lorsque Greta est sortie de scène et que l’assemblée commençait à quitter les lieux, j’ai éclaté en sanglots. Parce que je suis terrorisée.

Ce ne sont pas les dirigeants qui ont le gros bout du bâton, mais les grandes entreprises qui leur graissent la patte. Oh, je ne crois pas que tous les politiciens prennent de petites enveloppes brunes, mais une entreprise qui finance en grosse majorité un parti en particulier, c’est un peu comme un pot-de-vin légal, selon moi. Il faudrait donc changer le système au complet et ce n’est pas juste en le demandant que ça va se faire. Parce qu’il n’y a pas beaucoup de gens qui aiment le changement, même quand c’est nécessaire.

Même si notre survie et celle de nos descendants en dépend.

Ma foi en l’humanité n’est pas très grande et je n’ai plus beaucoup d’espoir. Mais il m’en reste assez pour vous encourager à aller voter. N’allez pas voter pour le parti qui-pourrait-gagner-contre-celui-que-vous-ne-voulez-vraiment-pas-qu’il-gagne. Allez voter pour le partir avec lequel vous êtes le plus en accord. Si tout le monde votait de cette façon (et votait tout court), nous pourrions être surpris et ça aiderait à changer le système.


Écoute la trame Tout le monde en même temps

Parce qu’il faut que ça change…

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