La sorcière de l’Étang-du-Nord

Quand j’étais petite, on jouait à Harry Potter dans la cours d’école. Des petits bouts de bois pleins de terre nous faisaient office de baguette. On faisait des potions dégueulasses avec de la bouette, des feuilles pis des limaces.

Au secondaire, j’ai lu un roman où on parlait de Wicca. Je n’a jamais été croyante, mais je me souviens que si ça avait été le cas, j’aurais probablement souhaité adhérer à cette spiritualité. Des p’tits tannants m’ont traité de sorcière une fois. Une de mes amies pratiquait la magie blanche. Je n’ai jamais osé faire de rituel. Je trippais sur Charmed. On est allés en voyage scolaire à Salem. J’ai peut-être déjà caché un toutou et un couteau à beurre sous mon lit pour invoquer des esprits, mais ça n’a pas marché.

Au cégep, l’intérêt et la curiosité pour la magie s’estompent. Ils se cachent, se terrent, mais ne disparaissent jamais réellement. Il en réside une fascination pour le film d’horreur et des nuits passées à regarder des films qui font peur.

C’est à l’Université que, par hasard, le terme refait surface. Pour mon projet de fin de bacc, ce qui devait être un court métrage bien relax devient un documentaire animé sur les sorcières. Une grosse ambition. Je lance un appel sur ma page d’artiste. On y répond. Je m’embarque dans un long processus d’entrevues. À chaque fois, on me pose la question: “Pis toi? Te considères-tu comme une sorcière?”

La première fois, la question me prend de court. Ça fait des années que l’idée de m’appeler “sorcière” est passée à la trappe. Quelqu’un m’aurait posé cette question-là quelques années plus tôt que j’aurais probablement ricané avec malaise, bafouillant un “euh, non” avec le regard fuyant.

Parce que depuis des années, le terme est pour moi rattaché à la honte. Au fait d’être un peu en marge. Jamais je n’aurais cru qu’à un moment dans ma vie je voudrais renouer avec cette part de moi que j’ai laissée de côté il y a des années de ça.

Longtemps, on parle d’art. On parle de lien avec la nature. On parle d’accumulation des savoirs, de cycles, de spiritualité, de rituels, de féminisme et de politique. Une de ces femmes, que je découvre plus tard être ma petite cousine (le Québec, c’est petit) me parle de cette idée de faire de la magie en “mettant une idée dans le monde”. Ça s’imprègne en moi avec tellement de force que ça me fait revoir toute ma pratique artistique. Ça me fait me demander pour quoi je crée, pourquoi jour après jours je me penche sur ma table à dessin, me demander c’est quoi mon rôle ou ma responsabilité entant qu’artiste. Bref, des grosses questions, un changement total de perspective et de vision.

Finalement incapable de compléter le film et insatisfaite du rendu (salut l’anxiété de performance), il n’est projeté qu’une seule fois au festival de films de mon université. J’ai l’impression d’avoir ouvert la boîte de Pandore avec mes démarches et je suis incapable de la refermer. Au fil des rencontres, j’ai rouvert une porte que je croyais avoir fermé une fois pour toutes. En me parlant de leur quotidien, de leur art et de leurs croyances, je réalise que mes valeurs sont très proches de celles de ces femmes incroyables qui se réapproprient l’identité de sorcière.

Puis, je fais un move. Je déménage aux Îles avec quelque part dans un coin de ma tête une intention de me rapprocher d’un mode de vie plus en phase avec la nature, plus au rythme des saisons. J’ai à la fois besoin de me faire rappeler ma petitesse dans l’Univers, mais aussi besoin de me forger un quotidien qui laisse plus d’espace à cette identité que je revendique à mon tour.

Aujourd’hui, je continue à avancer à tâtons dans cet univers. Ce que je considère comme des rituels magiques pourrait très bien s’apparenter au féminisme du care ou à l’éco-féminisme. Toutes ces idéologies ne sont pas forcément exclusives. La magie se trouve pour moi dans des espaces et des instances de création au quotidien: dessiner, jouer de la musique, cuisiner. Elle se trouve aussi dans des moments où on prend soin de soi ou des autres: prendre un bain, arroser les plantes, nettoyer son espace, prendre quelqu’un dans ses bras. Finalement, elle existe dans les moments de flottement, ceux où on ne fait rien en théorie, mais qui nous permettent de prendre un grand respire, de se grounder et d’apprécier où on se trouve dans le moment présent.

Comme d’habitude, je ne sais pas vraiment comment conclure. Je crois que ce texte est un peu à l’image de ma réflexion face à la figure de la sorcière. C’est une réflexion identitaire et politique toujours en (r)évolution. Par contre, une chose est certaine: je crois qu’il n’y a pas meilleur endroit que sur un archipel au milieu du golfe pour reprendre contact avec soi, avec les autres et avec la nature. Avec la sorcière qui m’habite, quoi.

Si cela vous interpelle ou pique votre curiosité je vous laisse une lecture intéressante ici.

Trame: La petite ourse – Chassepareil

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