Fille des Îles

« On peut sortir la fille des Îles, mais pas les Îles de la fille ! » Une phrase clichée, certes, mais qui me colle à la peau. Un peu comme si les Îles étaient intrinsèquement liées à ma définition de moi-même. Et pourtant, malgré cet attachement viscéral, persiste une dualité entre l’ici et l’ailleurs.

Pendant longtemps, j’étais convaincue que je ferais « ma vie » aux Îles. Tout au long de mon exil pour mes études universitaires, je n’avais qu’une envie :  revenir. Ce que j’ai fait, peu de temps après la fin de mes études. Mais malgré une belle vie ici avec un emploi permanent, je ressentais un besoin grandissant de partir. Bien que source de grande fierté et d’une qualité de vie incomparable, l’insularité amène aussi son lot de compromis et de contraintes. Je me sentais  limitée, coincée sur mon île avec ma vie tracée devant moi. J’avais besoin de prendre le large, de m’affranchir, de repousser mes limites, de me redéfinir en dehors des Îles. Ça m’a pris du temps et du courage, mais j’ai décidé de partir… en me disant que c’était pour mieux revenir, un jour.

Depuis, j’ai compris que je n’avais pas besoin de faire « ma vie » à un endroit précis, mais qu’il était possible qu’elle se déploie, au fil des expériences vécues. Les années ont passé, riches en découvertes, mais aussi en multiples allers-retours. J’ai besoin des Îles, comme un ancrage; besoin de revenir me ressourcer, de retrouver la mer, ma famille et mes amis si précieux. Je profite de chaque moment passé chez moi, en me disant qu’il n’y a pas dailleurs meilleur qu’ici…

Et pourtant, malgré l’ennui, les questionnements et les déchirements à l’heure du départ, je sens que je ne suis pas prête à revenir m’installer. Parce que, bien que mon attachement soit fort et profond, je réalise que j’ai encore besoin de l’ici ET de l’ailleurs.

En fait, paradoxalement, je pense que c’est en partie ce lien qui me relie à l’archipel qui me permet de déployer mes ailes ailleurs. J’apprends peu à peu à vivre avec cette dualité, à accepter ce côté nomade, en dehors des normes sociales. Mais qu’importe, ici et maintenant, je veux continuer d’explorer, de voir grand et de découvrir le monde.

Je reviendrai peut-être m’établir ici un jour. D’ici là, j’ai la chance de m’aménager une vie qui me permet d’y revenir souvent et je profite pleinement de chacun de ces passages. Pour le reste, même quand je suis ailleurs, les Îles sont toujours avec moi. Je les porte en moi partout où je vais avec grande fierté. Qu’importe que je sois ici ou ailleurs, je reste la fille des Îles !

Par Jessica Boudreau

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