Étudier à nouveau

SH

Depuis que j’ai commencé à écrire pour ce blog, j’avais hâte de rédiger et publier cet article. Voyez-vous, j’ai 27 ans et je viens tout juste de compléter ma première session à l’Université du Québec À Montréal pour le baccalauréat en Études Littéraires. Nombreux sont mes camarades trameurs qui y sont allés et qui ont déjà fait part de leur expérience UQAMienne sur ce blog. Je diffère en ce sens qu’il s’agit pour moi d’un retour aux études, puisque ça fait maintenant sept ans que j’ai complété mon CÉGEP et que je n’avais jamais étudié dans une université auparavant. J’ai l’impression de revenir de loin, mais en fait pas tant que ça.

Il y a un programme d’Arts et Lettres au CÉGEP des Îles et il était intéressant à l’époque de la fin de mon secondaire (je n’ai pas regardé récemment, alors je m’abstiens de me prononcer), mais j’avais besoin de sortir. J’ai quitté les Îles pour aller au CÉGEP dans un programme d’Arts et Lettres qui comportait une concentration Littérature. Je prévoyais par la suite aller à l’UQAM pour ses programmes qui sortaient du carcan un peu étouffant des autres universités qui se concentraient seulement sur une littérature dite « classique » qui est franchement élitiste et qui rejette un large pan de ce qui est incontestablement de la littérature, telle que la littérature de genre, ou encore des médiums alternatifs tels que la Bande Dessinée et j’en passe. Malheureusement, le CÉGEP n’était pas du tout ce à quoi je m’attendais et fut pénible pour moi. Tout mon beau programme s’est mis très vite à tomber à l’eau. Dépitée, j’avais été découragée de la littérature et je ne savais plus quoi faire de ma vie : j’avais toujours vécu en fonction d’un futur parcours qui aurait impliqué d’aller à l’université. Le CÉGEP étant par définition des études préuniversitaires, ç’avait toujours été selon moi un passage obligé. Toute ma vie, j’avais su ce que je voulais faire plus tard et j’avançais en fonction de mes objectifs. Avec le temps, je changeais et ces objectifs aussi, tellement qu’à un certain point, mon but devenait tout autre. Mais j’en avais toujours eu un; il remplaçait simplement le précédent.

Je suis allée consulter une (très compétente) conseillère en orientation qui m’a recommandé de me tourner vers le théâtre, puisque ç’avait été une partie importante de ma vie au secondaire. Je me suis donc dirigée vers une école spécialisée dans cette voie à Montréal et c’est comme ça que je suis passée à travers mon CÉGEP. Je ne savais toujours pas quoi faire de ma vie et ça déteignait sur mon comportement en tant qu’élève : Je n’avais pas la même passion, la même fougue, la même dédication que mes camarades de classe qui voulaient devenir metteurs en scène, réalisateurs, animateurs de radio, de télévision ou acteurs, se battant déjà becs et ongles pour des rôles auprès de différentes agences. Et puis je me suis mise à me dire que les métiers en arts n’étaient pas de « vrais métiers » ou alors seulement pour les plus talentueux, ce que je ne m’estimais pas être.

Quand j’eus complété mon DEC, je ne savais plus vers qui ni quoi me tourner. Sans un « vrai métier », je ne pouvais retourner chez moi. De toutes façons, ce « chez-moi » n’avait plus de définition claire, car mes parents n’y habitaient plus à l’année et mes amis d’enfance non-plus. J’avais des amis en ville, mais je trouvais Montréal laide, morne, grise et puante (c’est encore le cas d’ailleurs).

Certains diront qu’ils n’ont jamais su quoi faire de leur vie et je ne suis pas là pour dire que je fais pitié ou quoi que ce soit dans le genre, bien au contraire, car tout est conséquences de nos choix. Simplement, je raconte mon parcours tel que je l’ai vécu.

J’ai donc dit à ma famille que je prenais une année sabbatique. Puis une autre année l’a suivie, et encore une autre, et encore une autre…

Il s’est passé bien des choses que je vous raconterai peut-être dans une autre trame, mais pour cet article, j’essaie surtout de me concentrer sur mon parcours académique.

Toujours est-il qu’avec le temps, je me suis remise à écrire, pour moi et pour mes amis. Le vérité est que c’est précisément ce que j’ai toujours voulu faire. Seulement, j’avais peur : peur de ne pas avoir un métier d’avenir, de ne pas faire d’argent, peur d’aller étudier pour faire quelque chose qui rapporte et juste m’écoeurer en cours de route et me ramasser avec des dettes pour rien, ou alors justement arriver jusqu’à faire ce métier qui rapporte et m’y emmerder à mourir. Le résultat, c’est que j’étais en quelque sorte « paralysée » et je ne faisais rien. Rien d’autre que travailler à temps plein et laisser le temps passer, tout en me gavant du plus de distractions possibles.

À un moment donné, j’en ai eu complètement marre d’avoir peur, marre de rater ma vie. Ma décision était prise : j’allais suivre la voie des études en littérature. De toutes façons, je ne pouvais pas faire pire que les boulots alimentaires que j’accomplissais déjà. Comme j’ai pris ma décision à l’été 2017 et que la date limite d’inscription pour la session d’automne était déjà passée à l’UQAM, je me suis inscrite en Études Littéraires pour la session d’hiver 2018 débutant en Janvier.

Ce que je ne savais pas, c’est que j’allais me retrouver sur un terrain beaucoup plus familier que je le croyais, puisque comme les Îles, l’UQAM est un archipel, à la seule différence que les îles qui le composent sont des bâtiments qui baignent dans une mer d’asphalte, de métal, de béton et de verre. On y retrouve les mêmes dynamiques : c’est un monde à part, on y croise tous les jours les même gens et lorsqu’on les croise à l’extérieur, que l’on se connaisse ou pas, on se salue chaleureusement et ça fait notre journée. Comme quoi tomber sur quelqu’un de son petit coin, ça fait toujours plaisir.

La première chose qui m’a frappée dans mon apprentissage au sujet de la rédaction de travaux scolaires en études littéraires fut la suivante : « Oubliez ce que vous avez appris au CÉGEP » (je vous jure que c’est ce que la professeure du premier cours du lundi matin a dit à ma classe). J’ai vite découvert par la suite que tous ses collègues étaient du même avis (j’ai bien aimé la comparaison avec un « texte à cases vides dont on doit remplir les trous » qu’a faite mon prof de Littérature et Société). Ce que je n’avais pas compris des cours de français au CÉGEP (dits « cours de littérature »), c’était que ce système était mésadapté à mon art et pas l’inverse. Ce n’étaient pas des cours d’art, mais des cours obligatoires pour tous. Malheureusement, je l’ignorais ou ne m’en rendais pas compte, faute d’expérience, et je me suis détournée de l’écriture. Avec le recul et en discutant beaucoup avec d’autres, je me rends compte aujourd’hui de ma grande immaturité par le passé.

J’ai désormais un mot d’ordre bien précis : apprendre. Ça peut sembler totalement évident puisqu’on peut dire que c’est le cas de tous les étudiants (du moins je l’espère). Ce que je veux dire, c’est que je suis allée voir mes enseignants à la fin de chaque premier cours de chaque matière donnée et je leur parlais de mon retour aux études et des mes insécurités. Ils m’ont tous encouragée et assurée de leur soutien et j’en ai même eu un (best prof ever) qui m’a envoyé une méthode de travail avec des exemples. Aussi, durant les cours en tant que tels, je pose beaucoup de questions, me disant qu’il n’y a pas de mauvaise question, juste de mauvais silences. Parfois j’apporte des points très intéressants, d’autres fois je suis dans le tort. Dans tous les cas, j’apprends et ça en fait une expérience positive.

Lors de cette (courte et très introductive) première session, j’ai suivi des cours variés; allant des cours obligatoires d’introduction à ce BAC, à des cours plus approfondis, tels que la Science-Fiction et l’Introduction à l’Étude du Comportement Animal (faculté de biologie). J’ai piqué votre curiosité? J’en parlerai dans une autre trame (j’ai un très beau et large programme en réserve pour vous).

Certains rêvent de gagner la médaille d’or de course à pied aux Jeux Olympiques ou d’aller au sommet du Mont Everest. Pour moi, réaliser ses rêves, ce n’est pas un aboutissement, c’est une continuité. Ceux qui rêvent d’avoir des enfants ne rêvent pas que de les mettre au monde pour s’en débarrasser ensuite (du moins, je leur souhaite)! Ils rêvent de les élever, de les voir grandir, etc. Je crois que c’est plus sain de rêver de se dédier à la course à pied ou à l’alpinisme et de sentir qu’on se réalise en accomplissant ces actes continus, la médaille d’or ou l’arrivée au sommet n’étant que des systèmes de récompenses en bonus.

Mon rêve à moi, c’est d’écrire et de partager mes écrits. Pas de me faire publier. Pas de me faire lire par le plus grand nombre de lecteurs et de devenir célèbre. C’est sûr que ce serait génial, mais ce n’est pas mon but. Je veux bien sûr devenir meilleure en écriture et je n’aurai jamais fini de devenir meilleure que moi-même. Après de longues heures passées à faire des travaux s’étalant sur des semaines, je m’arrête parfois à bout de souffle en réalisant qu’à ce moment-là, je suis en train de réaliser mon rêve. Et ça me motive à continuer, à donner des grands coups, à foncer. Au moment même où j’écris ces lignes, je suis en train de réaliser mon rêve. Et il ne faut pas croire que c’est toujours facile; c’est même parfois pénible, mais il faut pratiquer. Toujours. Quoi que soit votre passion, il faut s’y mettre chaque jour à un certain rythme prédéfini. Il n’y a pas de recette de base et c’est donc à vous de la mettre au point par et pour vous-même.

Je sais que je ne suis pas la seule personne à faire un retour aux études et si je peux en toucher d’autres en leur rappelant des souvenirs ou en les encourageant à faire comme moi, alors j’aurai un peu réussi ma mission.

Alors si vous ne vous y êtes pas encore mis, il n’est jamais trop tard (j’ai au moins une tante qui est retournée aux études à 55 ans). Lâchez de lire maintenant, levez-vous, et allez où le vent vous mène!


Écoute la trame : « Somewhere I Belong » de Linkin Park (oui, je sais, c’est la même toune que dans ma bio actuelle, mais comme ça correspond à où je suis rendue dans ma vie, ça fitte)

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3 réflexions sur “Étudier à nouveau

  1. Merci de nous faire part de ton parcours. C’est très personnel et très touchant ce que tu nous confie. Je me suis reconnue dans tes doutes et tes remises en question. Je suis moi-même retourné aux études après des années à rêver d’améliorer mon écriture, d’ouvrir mes horizons et de rencontrer des gens qui partagent ma passion pour les mots. Le certificat en création littéraire à l’UQAM m’a permis de découvrir le monde universitaire et des gens formidables. Je ne regrette rien et c’est ça le plus important dans la vie : faire ce qui nous passionne et cesser de remettre à plus tard.

    Merci ☺️
    Stéphanie Sylvain

    Aimé par 1 personne

    1. Je suis moi-même honorée de t’avoir touchée ainsi. Vraiment, je ne sais pas quoi dire, à part que faire ta connaissance fut pour moi un des moments forts de ce printemps. J’espère que nos chemins se recroiseront encore, au moins à l’occasion!

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  2. Coucou,
    Je trouve ton article inspirant! Ton enthousiasme à propos de ton retour aux études me motive à ne pas regretter mon changement de programme et à continuer dans cette nouvelle voie. J’ai aussi eu un petit sourire en lisant : « Oubliez ce que vous avez appris au CÉGEP ». Je m’étais fait dire la même chose en arrivant à l’UQAM. Bienvneue dans le club!
    Je te souhaite d’apprendre et de t’amuser beaucoup dans ce parcours.
    Bon séjour dans ces îles de béton!

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