Le charme discret de Fatima

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Titre : Église de Fatima, 8e merveille du monde
Crédit : Éric Sévigny

Je suis urbain. C’est un de mes défauts. Il y a un an, en plein vortex polaire, j’ai atterri aux Îles. Entouré des gars de l’Hydro et du personnel d’Air Canada devant rapporter un avion resté cloué à Havre-aux-Maisons, je commençais à me douter que j’allais vivre une aventure dépaysante. Avant de la vivre pleinement, il faut faire quelques préparatifs.

La vie d’un doctorant n’est pas la plus excitante qui soit, mais elle a l’avantage de laisser assez de temps pour observer. De ma table de cuisine, laquelle me servait de quartier général, je découvrais ce que c’était de vivre sur un archipel. Grâce à l’Internet, dont la vitesse varie au gré du vent, je gardais un pied sur la terre ferme, sur quelque chose de plus stable.

Sans domicile fixe pendant quelque temps, je me suis finalement installé à Fatima. Les quelques amis que je m’étais faits aux Îles m’ont presque tous dit : « Fatima? Hish! » Les autres y habitaient. Avec un tel nom de village, Fatima évoquait pour moi les splendeurs du Portugal, de la chaleur et même la grandeur des lieux de culte. Fatima (PQ) n’est pas exactement comme celle du Portugal. Évidemment, l’église est à couper le souffle. Rarement, la forme d’un coquillage a été aussi judicieusement utilisée dans l’architecture moderne. Mais ici s’arrêtent les comparaisons.

Pour en avoir le cœur net, je devais sortir et mener ma propre enquête. Direction : le centre-ville (je ne suis pas sûr que ce soit l’expression qui convienne. « Centre-village » serait plus juste.). Pour y parvenir, il faut tout d’abord traverser la course à obstacles qu’est le chemin des Caps. Sur la route, une série de bâtiments bigarrés et étranges. Le cimetière qui a l’air la nuit d’une fête foraine un peu glauque, les bureaux de Duclos & Michaud et ses énormes soucoupes, le Centre Alfred Galland (oui oui! une piste de course équestre aux Îles), l’énigmatique écomusée de la Mi-Carême (je me suis promis d’y faire un tour pour mieux comprendre cette tradition unique), l’église, le CRDI, la bâtisse en forme de demi-tuyau et la gare des Autobus les Sillons tracent la trame architecture irrégulière de Fatima.

Contrairement au restant des Îles, Fatima ne regorge pas d’activités touristiques, comme si le village ne rentrait pas dans le cadre de la photo du guide. Ici, on se sent un peu à l’écart, loin de la frénésie de l’été. Et c’est pourtant ce qui rend ce lieu si intéressant. C’est la vie douce et l’esprit communautaire qui y règne à longueur d’année. C’est la sympathique propriétaire du Globe-Trotter. Ce sont les rencontres impromptues à l’épicerie. C’est le charmant personnel de Fatima Station Service (avec ma voiture, c’est comme si j’étais abonné à ce garage. Heureusement que le personnel est accueillant.). C’est le coloré staff du Decker Boy (une institution). Ce sont les souriantes et compétentes éducatrices et les autres employés du CPE chez ma tante. C’est le voisin qui déblaie volontairement mon entrée. Ce sont les amis toujours prêts à célébrer pour n’importe quel prétexte, bidon ou pas.

Physiquement, on peut comprendre pourquoi Fatima n’est pas le village le plus réputé des Îles. Cependant, une fois la barrière de l’accent franchie (honnêtement, je ne comprends pas encore tout, mais je m’améliore.), les gens de Fatima valent la peine d’être connus.

Avec la météo turbulente ces derniers temps, le bateau pris dans les glaces, les routes fermées, les vols souvent annulés et l’épicerie dégarnie, j’éprouve un sentiment de déjà-vu. Toutefois, je peux maintenant sortir de ma maison et continuer de découvrir le village avec confiance. C’est le début d’une fat life à Fatima (excusez mes relents de citadins.).

Fatima, t’es peut-être un peu tout croche, mais t’es belle à voir.

Sur ce, je m’en vais prendre une poutine au Decker Boy.

Écoute la trame parce que : en plus d’être le village le plus fascinant des Îles, Fatima devient complètement folle et colorée pendant la Mi-Carême. Elle est la gardienne d’une tradition aussi étonnante que touchante. Le vidéo de Jean-François Noël accompagnant la Mi-Carême du Suroît permet d’avoir une idée du vent de folie s’emparant des Madelinots lorsqu’ils enfilent leur masque. Rrrrrrrrrrrrrrrrr!

*Ceci est une mise à jour du texte publié le 25 février 2015.

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