L’Imaginaire prend le pouvoir

Illustration de Charles Vess pour la version illustrée du Cycle de Terrmer d'Ursula K. Le Guin

Illustration de Charles Vess pour la version illustrée du Cycle de Terrmer d’Ursula K. Le Guin

 

 

L’an passé, en France, plus de 44 maisons d’édition se sont réunies pour créer le Mois de l’Imaginaire. Il s’agit d’une grande fête dédiée aux littératures de l’Imaginaire : science-fiction, fantasy, fantastique. Annoncé durant « Les Imaginales » à Épinal, festival annuel des littératures de l’imaginaire, cet évènement se déroule tout au long du mois d’octobre. Sa mission est de promouvoir et célébrer les littératures de l’Imaginaire. Cette année est la deuxième édition de cette initiative supportée par tout le milieu : auteurs-es, libraires, lecteurs-trices, journalistes, blogueurs-euses, bibliothécaires, éditeurs-trices, traducteurs-trices, illustrateur-trices. Tout le monde embarque dans l’aventure.

 

Pourquoi une telle initiative ? À cause d’un constat largement partagé par les acteurs du milieu : malgré leur popularité, ces genres littéraires sont sous-représenté dans l’espace public français. Peu nombreux sont ceux et celles de ma génération qui n’ont pas été marqué par les aventures d’Harry Potter à Poudlard, la désormais célèbre école de sorcellerie. Et, bien avant la saga de J. K. Rowling, de grands écrivains comme Jules Vernes ou J. R. R. Tolkien ont pondu des chefs d’œuvre qui continuent de nos jours à stimuler l’imaginaire de milliers de lecteurs à travers le monde.

 

Mais qu’est-ce que c’est exactement que ces littératures de l’imaginaire ? Le fantastique se fonde sur l’irruption du surnaturel dans le monde réel auquel nous sommes habitués. Un événement insolite fait basculer le personnage principal dans une situation où la logique ne permet pas de comprendre ce qui se passe. La fantasy, pour sa part, plonge le lecteur dans des univers où le surnaturel ou la magie sont acceptés, voire définissent les règles d’un monde imaginaire. Le propos de ces récits a souvent pour but de critiquer notre société par le prisme de la fiction. Enfin, la science-fiction repose sur des progrès scientifiques et techniques obtenus dans un futur plus ou moins lointain. Elle met souvent en scène le voyage dans le temps, la conquête de l’espace et la découverte des formes de vie qui l’habitent, la confrontation entre l’humanité et ses créations, comme les robots ou les clones, ou encore une catastrophe apocalyptique planétaire.

 

À travers ces récits, une panoplie de thèmes brûlants d’actualité sont abordés : crise écologique, défense des droits et libertés, conséquences du capitalisme et de la croissance effrénée, rapport à la technologie, questionnements existentiels, rapports entre les hommes et les femmes. Grâce à ces genres littéraires, on peut mettre en lumière les travers de l’humanité, raconter d’autres mondes, d’autres façon de faire ou de vivre, inventer des versions alternatives de notre monde.

 

Or, pour ce faire, un lieu de prédilection : l’île. On peut penser à L’Île mystérieuse de Jules Vernes, L’Île du docteur Moreau de H. G. Wells, les nombreuses îles des Voyages de Gulliver de Jonathan Swift ou le monde-archipel du Cycle de Terremer de Ursula K. Le Guin.

 

En effet, de par son statut de microcosme clos et isolé, l’île est un lieu privilégié pour observer les différents visages de l’humanité et tenter de trouver ce qui se cache sous le masque de la société. L’île se pose alors comme le laboratoire idéal pour interroger des réalités sociales et le politique. D’ailleurs, le mot « utopie », qui signifie « nulle part » en grec et désigne la représentation d’une société idéale et sans défaut, est un mot forgé au 16e siècle par l’écrivain et philosophe britannique Thomas More pour appeler l’île où se déroule son célèbre roman « Utopie ». Gouvernée par le roi Utope, l’île d’Utopie abrite un peuple qui surpasse tous les autres par sa civilisation égalitaire. La société utopienne imaginée par Thomas More met en application sa philosophie humaniste et projette son Angleterre idéale.

 

Si le Mois de l’Imaginaire est une initiative française, le milieu québécois des littératures de l’imaginaire aurait tout à gagner de s’inspirer de nos cousins d’outremer. Je ne dispose pas de chiffres à l’appui, mais j’ai l’impression qu’ici aussi, même si les littératures de l’imaginaire forment un milieu riche et dynamique dont le produit jouit d’une popularité manifeste, l’espace public québécois ne lui réserve pas toute la place qu’il mériterait. C’est un milieu qui me tient particulièrement à cœur. Alors qu’octobre tire sur la fin, j’avais envie de lui offrir un peu de visibilité et de vous encourager à lire les littératures de l’imaginaire et à en parler autour de vous.

 

Ma trame : Pour l’occasion, je vous propose « Never Ending Story » du chanteur britannique Limahl, chanson thème du film éponyme de Wolfgang Petersen datant de 1984. Le film de Petersen est l’adaptation du roman éponyme de l’écrivain allemand Michael Ende, qui se traduit en français par « L’Histoire sans fin ». Le film, comme le livre, ont marqué mon enfance. Il s’agit d’une œuvre majeure de fantasy.

 

 

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