Le petit bonhomme qui ne croyait pas aux pères Noël

« T’es pas le vrai Père Noël, toi! »

« T’es pas le vrai Père Noël, toi! »

La décoration de l’arbre de Noël en famille était, comme à chaque année, un évènement qu’Émile attendait avec impatience. Ses parents s’improvisaient designers d’intérieur l’espace d’une heure. Émile contribuait en plaçant quelques boules dans son coin préféré de l’arbre. Le coup d’envoi de l’avent était donné.

Cette période avait quelque chose de magique. Son père devenait fou à l’arrivée des premiers flocons et réécoutait pour la millième fois Joyeux Noël, Charlie Brown! emmitouflé dans sa vieille couverture de laine de Snoopy. Pour sa mère, Noël signifiait les retrouvailles avec sa famille qui habitait à l’extérieur des Îles. Même son chien, qui ne comprenait rien à ce qui se passait, semblait envahi par l’esprit des fêtes. Ça avait sûrement quelque chose à voir avec les croquettes et les biscuits supplémentaires qu’on lui donnait par générosité. Les odeurs de bonne bouffe traditionnelle, les soirées en famille collée sur le divan à regarder le sapin dans la noirceur, les cousins et les cousines avec qui on peut jouer à la cachette plus tard qu’à l’habitude, les cadeaux – évidemment – ce moment de l’année avait vraiment tout pour plaire à Émile.

Mais pour que la magie de Noël opère, il faut s’y prendre d’avance. Ça, les parents d’Émile le savaient. Il fallait planifier la logistique pour quitter les Îles, prévoir un itinéraire sur la grande terre, concilier les horaires de toutes les familles, avoir du plaisir dans les nombreux partys de Noël, prendre une photo avec le père Noël, et surtout magasiner les nombreux cadeaux.

À la course, ses parents essayaient tant bien que mal de cocher tous les éléments sur leur liste de Noël. Émile suivait le rythme effréné des emplettes. Malgré la fatigue et le fait d’avoir trop chaud avec son manteau dans les commerces et trop froid dès qu’il en sortait, il se comportait en champion. Il assistait même sa mère dans le choix de certains cadeaux. Pour le récompenser, elle prit une pause pour l’amener voir le père Noël au centre commercial. En même temps, la confidence d’Émile lui permettrait d’avoir un indice sur le cadeau à lui offrir.

— Ho! Ho! Ho! Comment t’appelles-tu? lui demanda le père Noël.
— Émile, répondit-il avec un air de méfiance.
— As-tu été sage cette année, Émile?

Émile ne répondit pas et envoya un regard suppliant à sa mère.

— Bon, ce n’est pas grave, dit le père Noël. Que veux-tu pour Noël?
— Je ne veux pas te répondre. Tu n’es pas le vrai père Noël.

Sa mère se mit à avoir chaud. Se pouvait-il que, si jeune, il ne croie déjà plus au Père Noël? Mal à l’aise, elle s’excusa auprès du père Noël du centre commercial et prit Émile dans ses bras. Il se tortillait et répétait qu’il ne voulait pas voir le monsieur en rouge au centre commercial. Elle quitta les lieux, troublée.

À peine quelques heures plus tard, Émile recevait un message vidéo personnalisé de la part du père Noël. Voulant éviter une seconde crise, sa mère ne lui en glissa pas un mot. Son père, tout fier du message qu’il avait concocté pour son fils et surtout n’ayant pas assisté à l’incident du père Noël, insista pour qu’Émile voie la vidéo. Il devait s’être passé quelque chose avant de voir le père Noël qui avait mis Émile dans de mauvaises dispositions.

Après d’âpres négociations, elle céda. Elle et Émile se collèrent et téléchargèrent la vidéo sur la tablette. À sa grande surprise, Émile buvait les paroles du père Noël. Elle lui demanda pourquoi il aimait ce père Noël alors qu’il avait montré tant de résistance avec l’autre. Émile, toujours plein de sagesse, affirma que ce père Noël était chez lui, avec sa famille.

Elle comprit. Non, il n’avait pas arrêté de croire au père Noël. Il avait juste compris que celui du centre commercial était un imposteur. Émile savait que le vrai Père Noël ne pouvait pas se trouver dans un centre commercial en train de nous inciter à acheter des cadeaux (qui seront rapidement oubliés de toute manière, comme tout ce qui est matériel). Le vrai père Noël devait être chez lui en train de s’occuper de ceux qu’il aime.

Rassurée, elle proposa de faire une activité pour se retrouver en famille. Toute la bande se retrouva sous une couverte chaude à regarder le sapin de Noël dans la nuit, ainsi que le poste de télévision diffusant un feu de foyer.

 

Écoute la trame parce que : C’est de la bonne musique de Noël, ce qui n’est pas toujours le cas, surtout dans les centres commerciaux. Ça fait du bien à l’âme. Joyeux Noël!

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