Relief

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Il y eut un jour ou j’étais colline.

Le dénivelé pavait ma peau et les sentiers striés s’y dessinaient doucement.

Je méprisais les collines. Je souhaitais être plaine pour qu’on me regarde et qu’on voit l’horizon.

Et puis j’y suis parvenue.

Et rien n’a changé.

J’écris ce court plaidoyer pour toute personne qui vit dans sa peau comme un étranger. Pour toute personne qui se regarde avec haine et souhaiterait voir changer son relief.

L’Univers dans lequel nous avons évolué nous a appris trop tôt qu’il y avait un bon type de corps. Celui dont l’esthétisme était suffisamment agréable à l’œil pour justifier que nous déployons tous nos efforts à l’atteindre. Ce corps est mince, ce corps est grand, ce corps est ferme. Il ne contient ni tâches, ni cicatrices, ni vie. Il n’est que blancheur et perfection. C’est un corps toundra.

Ce corps auquel nous aspirons est manipulé et lissé par la lentille. Il est infidèle à la terre, sa mère nature. Vouloir y vivre, c’est vouloir vivre à l’intérieur d’une coquille préfabriquée. C’est se faire bataille pour devenir un leurre. Et trop souvent, c’est être toujours déçu.e que ce territoire que nous habitons si mal conserve quelque chose d’imparfait.

Une grande découverte dans mon inquisition a été que le paysage qui nous définit s’acharne. À l’image du bourgeon qui naît au milieu du ciment, nos traits uniques refusent d’être annihilés. Les marques, les bosses et les mèches de travers se transforment certes, mais demeurent. Et c’est ce triste drame qui fait que nos corps sont magnifiques.

Malgré tous nos efforts, nous ne seront jamais fabriqués à la chaîne. Nous seront uniques et nous seront beaux.

Car, lorsque je pars à la conquête du monde, rien ne m’ennui plus qu’un paysage qui dure trop longtemps. Que de voir les mêmes arbres se décupler sur des centaines de kilomètres. En vérité, rien ne me semble plus grandiose que le seul fait de savoir le monde en changement. De savoir que je suis entourée de 300 arpents de plage, mais qu’à chacune d’elle, appartient une part de beauté qui lui est seule. Que son grain varie, que sa houle oscille, que son paysage m’apaise de milles manières différentes.

Issus de la terre, nous ne lui ferons honneur qu’au jour ou nous respecterons nos différences. Ou mieux encore, au jour ou nous travaillerons à les aimer.

Car dans les grains de beautés qui parsèment nos peaux naissent des constellations,
Dans nos iris ternes, brillants ou changeants nous pouvons voir le ciel

Dans nos peaux tâchées, blanchâtres, bronzées ou aux pores trop espacées, il y a la terre.

Et dans nos reliefs jamais assez plats et fermes, il y a les montagnes, les collines et les dunes.

Il y a l’amour

et

La vie qui y naît.

 

Ma trame :

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