Indignation

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Illustration : David Lloyd

 

 

L’indignation. Il s’agit d’un sentiment de colère provoqué par une injustice criante ou une action qui heurte la conscience morale.

 

Ce sentiment de colère, il m’habite tout entier, et depuis longtemps. Il s’est cristallisé avec la grève étudiante de 2012, alors que j’ai ouvert les yeux sur le monde dans lequel j’évolue et perdu de nombreuses illusions. Il y a tant de choses qui m’indignent que parfois, j’en ai le vertige. Si je n’étais pas capable de déceler de la beauté dans notre monde et de m’en émerveiller, je crois que je serais complètement rongé par le cynisme et le désespoir. Heureusement, je suis un indécrottable idéaliste animé par des valeurs humanistes. De gauche, quoi. Oui, cette gauche progressiste qui a si mauvaise presse alors que pour moi elle est synonyme d’espoir. Tant que je pourrai m’émouvoir devant des pommiers en fleurs, me perdre dans un ciel constellé d’étoiles, m’abîmer dans un livre captivant, savourer un plat cuisiné avec passion ou fondre devant le sourire d’un garçon qui me plaît, ça ira. Ce sont autant de boucliers contre l’abattement. Néanmoins, je suis imprégné d’indignation jusqu’au bout des ongles.

 

Mon indignation, j’ai besoin de la partager, de la communiquer. Sinon, elle ne servirait à rien. Ne serait-ce que pour que les autres qui la ressentent sachent qu’ils ne sont pas seuls. Si on garde le silence sur quelque chose qui nous indigne, on en devient complice. C’est une chose dont je suis incapable, même si crier mon indignation peut m’attirer des ennuis. Rester de marbre devant une situation qui me révulse, c’est au-dessus de mes forces.

 

Je suis indigné devant le trou noir qui plonge tant des nôtres dans la précarité, la controverse insensée autour de la chasse aux loups-marins et les projets d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures dans le Golfe Saint-Laurent. Je suis indigné devant le saccage de nos services publics perpétré par le gouvernement. Il creuse sans vergogne les inégalités sociales, enrichit ses alliés économiques et malmène pour ce faire l’éducation, la santé, la culture, le communautaire et tant d’autre domaines qui sont le cœur de notre société. Je suis indigné devant la façon dont les autochtones sont traités ici, chez nous. Je suis indigné devant le génocide des Palestiniens par Israël et par l’immobilisme de nos pays supposés être les grands chevaliers de la liberté et de la démocratie. Je suis indigné par l’hypocrisie de Justin Trudeau dans la lutte aux changements climatiques. Je suis indigné par la façon inhumaine dont les migrants sont traités, et pas juste aux États-Unis. Trump est loin d’être le seul à les considérer comme de la vermine ou une menace. Je suis indigné par la montée du populisme, de l’extrême-droite, du néonazisme et du fascisme partout à travers le monde. Je suis indigné qu’on ne soit pas davantage à être indignés et effrayés par cette perspective. Pourtant, l’histoire nous a appris ce dont ces mouvances sont capables.

 

Je suis indigné, et je ne me contenterai pas de le dire. Je me dois d’agir en conséquence. Sinon, ça serait vain. Les manifestations, les actions directes, les bed-in, les occupes, les actions symboliques, les billets, les mouvements sociaux, l’implication dans un syndicat ou un parti politique… Il ne manque pas de possibilités. Il y a une grande diversité des tactiques. Parce qu’être constamment en colère, c’est épuisant. Cette indignation, il faut la canaliser et s’en servir comme bougie d’allumage pour poser des actions qui contribueront à changer les choses. Soyons grains de sable et faisons dérailler les engrenages.

 

À tous les militants et toutes les militantes progressistes, vous êtes mes camarades et je vous aime. C’est dur de militer par les temps qui courent. C’est dur de ne pas être happé par le cynisme, le découragement et le désespoir. Mais c’est d’autant plus nécessaire. Et votre indignation me réconforte, ainsi que tous les efforts que vous mettez à construire une société où nous n’aurons plus porter en nous cette colère face à l’injustice. Soyons tenaces. Ne nous décourageons pas. Ils auront beau tuer toutes les hirondelles, ils n’empêcheront pas le printemps.

 

« Il y a une douceur aux efforts maladroits. L’espoir têtu est toujours plus fort que la cupidité paresseuse et les cœurs doux savent abattre les châteaux vulgaires. » – GY!BE

 

Ma trame : Sans la nommer, une magnifique chanson de Georges Moustaki

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