La culture du consentement

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Le #metoo (connu aussi au Québec comme étant #moiaussi ou #balancetonporc en France) implique la dénonciation de bien nombreux enjeux; allant des avances et sollicitations inappropriées, du harcèlement, des actes et des touchers gênants et allant jusqu’au viol.

Il a fait couler beaucoup d’encre et on s’est mis à adresser le problème à l’échelle (quasi) mondiale. Beaucoup de femmes ont trouvé ça libérateur et beaucoup d’hommes ont trouvé ça menaçant et inquiétant. D’ailleurs, à ce sujet, je vous conseille fortement de regarder cette excellente vidéo.

Je sais que le gros des propos de ce hashtag en particulier tournent autour des rapports de domination que les hommes ont ou croient (consciemment ou non) avoir sur les ou des femmes, mais je pense qu’il ne faut pas non plus négliger les hommes victimes de violences sexuelles, car même s’il ne constituent qu’environ 10% des victimes, ils sont d’autant plus silencieux. On est ici pour ouvrir le dialogue, pas pour exclure du monde, bon sang de bonsoir! Voilà pourquoi je préfère me définir en tant qu’égalitariste.

Maintenant que cet abcès collectif est crevé et que la poussière a retombé un peu avec le temps, j’ai senti que puisque le sujet est encore frais dans nos mémoires, il fallait faire le point et parler des pistes de solutions qui s’offrent à nous afin d’améliorer notre société et surtout de ne pas mettre tout ça derrière nous en se disant que le problème est réglé puisqu’on en a parlé.

C’est lors de mes recherches que j’ai découvert le concept de la culture du consentement.

Je visite de temps en temps le site de Dr. NerdLove dont la mission consiste à venir en aide aux nerds, ces gens étant parfois limités dans leurs contacts sociaux, ayant des biais sociaux et/ou manquant d’expérience en terme de relations interpersonnelles. Mais on se rend vite compte que tout le monde peut se retrouver dans des situations similaires et qu’il n’y a pas que les nerds (ou geeks, si vous préférez) qui vont s’y référer. Il y a là une vidéo en particulier est une entrevue avec Kitty Stryker, autrice d’un livre sur les biais de notre société nord-américaine par rapport au consentement d’autrui et ce dans de multiples situations.

En effet, certains (plus souvent que d’autres) se réfèrent au proverbe « qui ne dit mot consent » pour décider qu’une situation telle qu’une faveur, un baiser, ou autre, lui soit permis.e ou non. On peut expliquer cela par le fait qu’il est bien plus safe pour l’ego d’une personne de se dire que dans le doute, ça passe, plutôt que de demander la permission de façon franche et blunt et d’ainsi risquer d’essuyer un refus tout aussi franc.

Une partie du problème est qu’on a accepté et intégré l’idée de forcer la volonté des autres, et ce dans toutes les sphères sociales. Je n’évoquerai pas les situations au travail où on nous demande constamment d’accomplir des tâches qui ne nous plaisent pas (nécessairement) et où qu’on se force quand-même parce qu’on ne veut pas se retrouver au chômage. Cependant, je vais vous faire une petite mise en situation : est-ce que ça vous mettrait à l’aise que votre enfant trouve floues les limites de son contrôle sur sa sexualité (présente et future)? Est-ce que ça vous plairait d’imaginer que votre enfant intègre le concept que son consentement, ou celui des autres, doive répondre à des limites sociales et pas à la « bulle » personnelle de chacun (compris lui et/ou elle-même)? Si vous avez répondu « non » à ces questions, je vous félicite. Alors pensez-y la prochaine fois où vous ferez pression sur votre enfant parce qu’il et/ou elle refuse de donner un bisou à votre tante et que vous êtes mal à l’aise avec l’idée de faire de la peine à cette dernière. Pensez aussi à cet ami dont vous faites tout pour tordre un bras afin qu’il fasse la tournée des bars avec vous alors qu’il a passé une semaine horrible et qu’il voudrait simplement rester tranquille chez lui en pyjama à jouer à Fifa (avec ou sans vous).

Nous avons encore beaucoup de croûtes à manger en tant que société afin d’améliorer notre culture du consentement au quotidien. Pour cela, il ne faut pas se leurrer : il faut commencer à inculquer ça à tous dès leur plus jeune âge.

Ça dit ce que ça a à dire, pas vrai?

On peut avoir l’impression qu’en ce moment j’ouvre des portes ouvertes, mais je vous invite à vraiment vérifier si tous les enfants que vous connaissez sauraient quoi faire dans une telle situation (au moins en théorie).

Quelqu’un m’a déjà dit qu' » on apprend aux filles à ne pas se faire violer, mais [qu’]on devrait apprendre aux gars à ne pas violer les filles « . Malheureusement, cette phrase, bien que pleine de bonnes intentions, est pleine de lacunes : ce qui en ressort le plus, c’est la façon dont elle est formulée qui implique que c’est la faute des filles, ou alors qu’elles s’arrangent malgré elles pour se faire violer et qu’il faut donc leur « apprendre » à ne pas faire ça ».

Je suis tout à fait d’accord qu’il faut qu’on explique aux jeunes (pas juste les garçons) que ça ne se fait pas, et c’est sûr qu’il faut commencer avec la base. Mais en ce qui concerne les adultes, soyons honnêtes : un adulte [normalement] constitué sait parfaitement que ça ne se fait pas, et pourtant, il y a encore beaucoup de zones grises qui en laissent plusieurs perplexes.

Le consentement d’autrui, on ne l’obtient pas, on le demande. Pour susciter l’enthousiasme plutôt que de zigzaguer entre des refus timides, il faut d’abord se mettre dans un état d’esprit particulier. Ensuite, il y a des façons appropriées de le demander.

Certains regardent d’un mauvais oeil ce souffle de féminisme, tandis que d’autres se rendent compte que leurs actes qu’ils croyaient acceptables ne le sont pas et voudraient s’amender et assumer la responsabilité de ses actes et offrir ses excuses en toute sincérité. On a tous fait des choses dont on n’est pas fiers.

On ne peut pas régler l’ensemble des problèmes de l’humanité d’un coup, mais on peut y aller goutte à goutte et ça commence par nos communautés. Voici donc pourquoi je m’adresse à la mienne aujourd’hui : Nous avons des croûtes à manger et il ne sert à rien de nous voiler la face.

Je ne prétend pas que nous ayons le monopole de la bonté ou de la méchanceté aux Îles; juste que nous pouvons et devons faire de la culture du consentement une des pierres angulaires notre avenir.


Si vous vous êtes rendu.e.s jusqu’ici, c’est génial, merci. C’était un autre de ces articles que je préparais depuis un bon bout de temps.

Aussi, désolée pour le fait que certains liens soient en anglais.


Écoute la trame : « Tu veux ou tu veux pas » de Marcel Zanini

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