Redoubler d’hardiesse

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Source : pixabay

J’ai pas toujours été hardie.

Quand on me dit que je suis tellement courageuse de partir toute seule à l’étranger, je me revois toujours assise dans mon siège d’avion en route pour mon tout premier voyage solo en Afrique du Sud.

L’AFRIQUE DU SUD.

Je me trouvais pas courageuse à ce moment-là. Je me trouvais plus insouciante et pas mal épaisse. (Surtout après avoir perdu mon passeport dans l’aéroport de Munich, t’sais, escale numéro un d’un voyage de trois mois. Dix heures après le début de mon oh! so cool voyage solo, j’étais seule et sans passeport à Munich. Juré que j’avais rien de courageux à ce moment là.)

On voit toujours les magnifiques photos de voyage, les photos de groupe pleines de sourires, on entend comment c’était donc ben l’fun, pis donc ben parfait, pis que le bout le plus tough, c’est de revenir. Parce que qui veut voir une photo de toi la journée où tu as mangé des délicieux burgers que tu aurais peut-être pas dû, anyway?

Mais je trouve que c’est important d’en parler. Parce que voyager c’est pas nécessairement facile. Pas pour tout le monde. Il y en a pour qui c’est naturel. Quelques humains qui sont nés pour découvrir et interagir avec le monde entier on dirait. Comme s’ils étaient juste parfaitement adaptés pour vivre dans tous les coins de la planète (looking at you, mon frère).

Mais pour nous, commun des mortels, c’est moins facile.

En Afrique du Sud, j’ai été propulsée à des milliards de lieux de ma zone de confort et je peux pas dire que tous les moments ont été merveilleux. Je dois avoir passé les cinq premiers jours sans parler ou à peu près. Je regardais les dix filles autour de la table de ma nouvelle maison et je me disais « mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir leur dire pour les trente prochains jours? ». Je me sentais pas à l’aise pantoute.

Je me suis sentie seule, malapprise, pognée, loin. J’ai eu peur, j’ai pleuré roulée en boule dans un lit superposé. J’ai été malade et j’aurais voulu ma maman pour me soigner. J’ai assurément eu l’air étrange parfois et j’ai dû créer mille malaises. Puis, je me suis sentie forte. Pas tous les jours, mais de plus en plus.

Sortir de sa zone de confort et voyager toute seule, c’est se surprendre à être courageuse finalement. À être débrouillarde, créative, moins insouciante et épaisse que tu pensais. C’est d’apprendre à connaitre tes forces et tes faiblesses. À savoir comment les utiliser, ces forces et ces faiblesses-là.

Voyager c’est partir à la rencontre, apprendre et comprendre d’autres cultures et d’autres humains. C’est tomber amoureux des milliers de fois de choses, d’histoires, de personnes. Et de soi aussi.

Voyager toute seule, c’est se mettre à nu et oser lâcher prise, vivre des choses que l’on aurait pas osé vivre dans sa vie de tous les jours. Faire tomber les barrières et s’ouvrir. Aux autres et à soi. C’est se démalprendre toute seule parce que t’as pas le choix. C’est interagir avec les autres parce que tu vas toujours ben pas rester sans parler pendant trois mois. C’est découvrir que t’as quelque chose à dire finalement. C’est avoir le choix d’être qui tu veux et chaque fois, oser se choisir.

Et ça, ça surpasse tout le reste. Toutes les peurs.

Je suis repartie plein de fois depuis. J’ai appris depuis le temps à apprivoiser l’étranger. L’inconnu, l’incompréhension, les imprévus, les frousses, les nouveaux humains à découvrir, la sortie de zone de confort, ça me fait moins peur.

Mais je mentirais si je disais qu’il n’y a pas toujours un (des) moment(s) où je me dit : « dans quel maudit plan est-ce que je me suis encore embarqué? ». Et chaque fois, je finis par me dire que les plus grands risques qu’on prend, c’est de manquer d’air devant un paysage qui te coupe le souffle, de vivre des petits moments magiques avec des parfaits inconnus, d’avoir une p’tite frousse (pis des crampes) une fois de temps en temps. Et de tomber amoureux, des autres, de soi.

Et c’est ça qui me donne encore et toujours le goût de me garrocher à des milliards de lieux de ma zone de confort. Osez vous autres aussi. Même pas besoin d’être si loin que ça. C’est vrai que ça fait peur, mais ça fait du bien. Promis.

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