Des fois c’est les p’tites choses

Habituellement, l’automne prend son temps. Les jours s’écourtent mais ralentissent, comme pour nous laisser en profiter.

Pas cette année. Mon automne m’est rentré dedans comme un grand coup de vent. Sans que je sois prête. Septembre, j’ai l’impression que c’était il y a mille ans au moins. C’est qu’il s’est passé tellement de choses. Des grandes nouvelles, des p’tites victoires, une pause nécessaire, des éraflures, pis ben des ajustements.

Pis il est arrivé une toute petite chose. Un jour de début octobre – il y a 400 ans au moins – je suis un peu essoufflée, le toupet au vent et j’effectue toute autre tâche connexe du mieux que je peux quand un prof de chimie est passé nous expliquer la théorie de la fécule de maïs et de l’eau.

C’est comme une foule dense, qu’il a dit. Si tu fonces vite dans la foule, t’avanceras pas parce que tu vas te cogner à des gens. Trop de gens pour te permettre d’avancer. Alors que si tu y vas lentement, tu vas pouvoir te faufiler entre les gens plus vite. Plus lentement, ça va plus vite. Comme avec la fécule de maïs.

Plus lentement, ça va plus vite.

Ça m’a hanté pendant quelques jours. Je pouvais pas m’enlever ça de la tête. La minute scientifique m’avait bouleversée. (J’avais souvent les mains dans le corn starch aussi faut dire).

Je l’ai bien ça d’habitude. Prendre le temps. Pour vous dire, mon plus gros choc culturel, je l’ai eu à Montréal. Petite gamine madelinienne, en prenant pour la première fois le métro. Les gens courent dans les escaliers et je suis sidérée! Je comprends pas pourquoi ce jour-là. Pourquoi les gens courent? Pourquoi tu me pousses? Les métros, c’est aux deux minutes, non? Je suis fâchée, chambardée. Je me sens pas bien, à mille lieues de chez nous.

J’ai fini par pogner le beat. Quand quelques mois plus tard, j’ai bondi pour la première fois vers les portes ouvertes, j’ai fait le saut. Moi aussi, j’étais devenue pressée. Pourquoi? Je savais pas, pour rien de spécial. J’arrivais toujours en retard de toute façon. Une heure quelques minutes plus tard dans les Maritimes.

Mais, chaque fois que je revenais à la maison, sur mes Îles, tout redevenait plus lent. À mon rythme à moi. Aux Îles, on est bon là-dedans. On n’a pas l’heure, on a le temps. On vit tranquillement.

J’ai toujours cru que je l’avais bien assimilé ça, plus lentement ça va plus vite. Mais depuis quelques semaines, j’avais l’impression d’encore sauter devant les portes ouvertes du métro. J’allais trop vite, tout allait trop vite. Je me sentais encore sentie étourdie, à mille lieues de chez nous. Pis je comprenais encore pas pourquoi.

Pis j’ai compris pourquoi. Pourquoi j’étouffais, pourquoi j’avais l’impression d’avancer vent de face. C’était facile pourtant. Habituellement, à ce temps-ci de l’année je pense à partir. Là, je pars pas.

Ça m’a fait peur un peu beaucoup. Ça va me manquer de reprendre mon souffle pis d’avoir le souffle coupé par des expériences folles. Les longues rides d’autobus vont me manquer. Les petits matins pas pressés. Les plans un peu marde qui finissent en pleurant sur une noix de coco, mais qui font des anecdotes savoureuses. Les rencontres qui changent ta vie pour toujours. Les humains qui te redonnent confiance en l’Humain. Ça va me manquer de prendre le temps de prendre mon temps. Le temps de contempler l’ailleurs. De comprendre les autres et un peu plus moi en même temps.

Entre deux moments de ravissement au bureau (allo, job de rêve), j’avais peur de manquer d’air. C’est ça qui me faisait spinner la tête.

En réalisant ça, une couple de jours plus tard, encore les deux mains dans la pâte gluante, j’ai souri fort. Pour vrai, par en dedans.

Je vais rester. Je vais passer l’hiver aux Îles, pis ça va être correct merveilleux. Entre deux courses folles de souper des récoltes et de fin de semaine de formation, je vais prendre le temps. Lentement, je vais souffler chez nous, redécouvrir les Madelinots hivernaux, prendre le temps de les voir pour vrai. Je vais faire des escapades dans les buttes enneigées. Je vais avoir 5 ans encore en traineau. Je vais apprécier les tempêtes pour me ressourcer pis profiter des petits matins pas pressés au ras le poêle à bois.

Là, les mains dans la pâte, je me pose pu de questions. Il y a du beau ici aussi. Ici surtout. Faut juste, lentement, prendre le temps de s’arrêter, et le voir.

Je me sens soudainement comme quand je revenais de Montréal. Déjà, je respire mieux. Je reviens pas, je reste ici. Et c’est en jouant dans la fécule de maïs verte fluo que j’ai fait la paix avec cette décision-là. Comme quoi des fois c’est les p’tites choses, hein?

Écoute la Trame parce que : ces temps-ci, les Trameurs reviennent et partent, apprivoisent, assument. On sent comme une tendance qui s’installe avec l’été qui part. Parce qu’on parle beaucoup de la maison. La vraie et celle qui est pas faite de murs.

Aussi parce qu’elles viennent de sortir l’album et que j’ai un gros girl crush sur ces filles-là.

Publicités