Madeleine, il faut faire le point sur notre relation

Titre : Un adieu poignant Crédit : Frederik Hendrik Kaemmerer, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Frederik_Hendrik_Kaemmerer_-_Un_adieu_poignant.jpg

Titre : Un adieu poignant
Crédit : Frederik Hendrik Kaemmerer, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Frederik_Hendrik_Kaemmerer_-_Un_adieu_poignant.jpg

Madeleine, il faut qu’on se parle. Ça fait déjà un petit bout qu’on se connait, toi et moi. Il serait temps de faire le point sur notre relation. Je crois qu’on a développé une relation ambiguë. Pas du genre, amour haine, rassure-toi. Mais quand même, il y a des trucs à réviser.

Il faut le préciser : beaucoup de points sont positifs. La vie est bonne avec toi. Tu m’as permis de rencontrer une foule de gens intéressants. Tes mets sont savoureux et préparés avec attention. On arrive toujours à se trouver un petit coin tranquille pour être seuls, toi et moi. Même si l’hiver a été rude, tu ne m’as pas laissé tomber. Malgré ton indécente popularité en été, on arrive quand même à se retrouver le restant de l’année. J’imagine que c’est le prix à payer pour fréquenter une star estivale. J’assume.

Par contre, sérieux, je suis troublé par quelque chose. C’est correct que des gens t’adorent. Je ne suis pas jaloux. Mais pas au point de leur permettre de prendre ton nom : Techn’Îles, Sportyl, Vert’sat’Îles, M’îles, Attention Fragiles, Électr’Îles, et j’en passe. C’est un peu déb’Îles que tu permettes ça.

Je m’écarte un peu ici. Revenons à nos moutons du large. Ce qui est le plus difficile avec toi, c’est que je doute de nos perspectives d’avenir. Ce n’est pas facile de travailler chez toi. Souvent, il faut s’exiler quelque temps, question de renflouer les coffres. Même si la vie est plus douce et plus abordable ici, il faut quand même de l’argent; on ne peut pas se nourrir de sable et de vent.

Aussi, tu ne fais pas assez de place à mes vieux potes, mes amis pré-toi. Quelques fois, je sens que tu m’isoles. Je sais je sais, ce n’est certainement pas conscient. Mais parfois, surtout lorsque l’hiver fait rage ou alors que tu invites beaucoup trop de gens chez toi, j’ai cette impression que tu t’arranges pour que mes anciens amis ne puissent pas venir me rendre visite.

Malheureusement, j’en arrive à la conclusion qu’il faut se quitter temporairement; un genre de break. Je crois que ça va être mieux pour nous deux (en fait, surtout moi). Je vais me refaire un peu, revoir des potes et réfléchir sur notre avenir. Tu vas sûrement essayer de me retenir. Tu vas me parler de tes magnifiques couleurs d’automne, du rythme de vie plus tranquille et de l’esprit communautaire qu’on ne retrouve pas en ville. D’ailleurs, tu as déjà commencé.

Ce n’est pas facile de partir. Tu me retiens physiquement en coupant les liens de communication avec le continent. Sortir des Îles demande un effort supplémentaire. Mais pour la pérennité de notre relation, c’est incontournable : je dois partir.

D’une île à l’autre, je penserai à toi. Du sable plein les souliers, j’aurai l’œil tourné vers l’est, sachant que derrière la ligne d’horizon irrégulière et imposante de la grand’ville se cache la tienne, plate et apaisante. Prends soin de ceux que j’ai laissés chez toi. On se revoit cet hiver, blotti à l’abri du vent et de la neige dans une chaleureuse chaumière.

 

P.-S. Ironie du sort, j’ai appelé mon fils « Émile ». Mais c’était avant de te connaitre, Madeleine. Ah! ça va être diffic’Îles de te sortir de ma tête.

 

La trame :

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