Les trolls, c’est pas toujours cute

 

Avertissement :

Ce ne sera pas une chronique sur ces adorables créatures aux cheveux farfelus, mais bien sur ces personnes qui sévissent sur Internet à coup d’injures et d’attaques personnelles, sexistes et xénophobes.

 

Derrière un écran, dans l’anonymat de leur salon, les trolls insultent les gens s’exprimant sur les réseaux sociaux. Leur venin est assez puissant pour détruire une personne, la forcer à tout abandonner. C’est ce qui est arrivé à Judith Lussier il y a environ deux semaines. Elle n’est que la dernière d’une longue série.

Les trolls sont une plaie sur Internet, personne n’apprend ça en lisant ce texte. Peu importe le sujet, ils ont un commentaire acerbe à écrire – on dirait presque des chroniqueurs. Par contre, ce qui les caractérise, c’est l’acharnement et la violence de leurs propos. Les commentaires disgracieux se multiplient jusqu’à ce que la victime abandonne. Pour un compte bloqué pour propos offensants, dix nouveaux s’ouvrent, et souvent sous de fausses identités.

Je suis loin de dire qu’Internet ne doit pas être le théâtre de vifs débats – encore faut-il prendre le temps d’écouter ou de lire des opinions qui divergent des nôtres, mais ça, c’est une autre histoire. Mais dans un débat sérieux, ce sont les idées qui doivent être critiquées, pas l’apparence du messager, son sexe, son histoire, son origine ethnique, son poids. Il n’y a rien de mal à vouloir gagner une discussion par des arguments et montrer que l’idée de l’autre a des lacunes. Mais personne ne gagne un débat en humiliant l’autre et en le muselant.

Les trolls sont tellement communs sur Internet qu’on ne prend même plus la peine de les confronter, de les dénoncer. On ne pense même plus à leurs victimes. La violence dont ils font preuve est devenue ordinaire, normale, presque acceptable. Or, on a une responsabilité. Quand on ferme les yeux, on tolère.

L’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas encore atteinte au Québec. Il est triste de constater que ce n’est même pas le cas quand on parle de trolls. Les femmes sont souvent la cible des attaques les plus vicieuses. Alors qu’un homme se fera traiter d’idiot, il ne se fera pas insulter sur son apparence corporelle, il ne se fera pas dire de retourner à ses chaudrons, il ne se fera pas menacer de viol. Un troll, par définition, attaque tout le monde et tire de tous les côtés. L’acharnement sur les femmes témoigne de la misogynie ambiante sur Internet. Il est un concentré du fond sexiste qui suinte encore dans la société. Je ne sais pas pour vous, mais je n’ai jamais entendu une « blague » de viol destinée à un homme hétérosexuel. À des femmes, des centaines de fois.

Qu’est-ce qu’on fait avec les trolls et avec la violence visant les femmes? Barrer les sections commentaires sous les articles? Obliger les personnes à s’identifier sur Internet? Une goutte d’eau dans un océan d’injures. Limiter la liberté d’expression sur Internet? On risque de causer plus de problèmes qu’on en règle. La liberté d’expression, malgré son lot de dérives et d’attaques personnelles, est nécessaire à une démocratie vivante.

Je vois au moins trois choses à faire pour tenter d’assainir le débat. La solution passe par l’éducation. L’impact des trolls n’est pas assez connu pour susciter une réelle réaction dans la population, surtout celle évitant les débats sur les réseaux sociaux. On a besoin de textes explicitant la violence régnant sur Internet. Un peu comme l’intimidation à l’école, on a besoin de campagnes de sensibilisation. L’intimidation existe encore, mais cette violence n’est plus considérée comme ordinaire et acceptable. La mobilisation pour y mettre fin prend forme.

Aussi, quand une femme est la cible de trolls et ne sent plus en sécurité, on doit l’écouter. Messieurs, minimiser la violence de ces attaques relève d’une grande incompréhension. On ne vit pas tous ce genre de menace et on ne se sent pas aussi vulnérable. Mais elles existent et elles font des ravages.

La solution passe aussi par une réponse aux trolls. Il faut leur montrer l’impact qu’ils ont sur des individus, et même des vies. Ne surtout pas les encourager ou les ignorer. Ne rien faire, c’est prendre le côté de l’agresseur. Insulter les trolls doit être évité. En plus d’être inefficace, on risque de se faire prendre à leur jeu.

Il faut surtout s’armer de patience. C’est épuisant et les victoires sont rares. Mais elles sont tellement importantes.

 

Note :

Le 8 mars, on a « fêté » la Journée de la femme. C’est beau de dire une fois par année que les femmes sont bonnes. Mais qu’on ne se trompe pas. La journée de la femme est la preuve que nous ne sommes pas encore égaux. C’est plus un rappel qu’il y a du chemin à parcourir qu’un accomplissement.

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