Sortir d’hibernation

Crédit : pixabay.com

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Je crois qu’il est convenable de se l’avouer. La danse des flocons qui tombent sur le sol avec grâce, les glaces à perte de vue sur la mer et la blancheur immaculée du sol, arrivé au mois de mars, ça perd un peu de son charme. En fait, soyons même un peu plus honnêtes que tout cela, ça commence à faire sérieusement chier!

Aujourd’hui encore, alors que j’écris ce billet, des vents soufflent à 90 km/h, la température ressentie frôle les -20 oC et je ne peux même pas envisager l’option de sortir de ma tanière : l’ensemble du réseau routier est fermé. Quoiqu’il n’y a rien de si surprenant à tout cela; tu as reçu ton lot d’intempéries ma chère Madeleine depuis le début de l’hiver.

Cependant, si la rigueur de l’hiver mine le moral, les jointures, le dos, les voitures et les capacités respiratoires de la plupart d’entre nous, je crois qu’elle permet un processus bien spécial et qui est très profondément inscrit dans le patrimoine immatériel des québécois. Chez nous, l’arrivée du printemps n’est pas seulement une formalité et encore moins une simple date dans un calendrier. C’est un signal annonçant la fin d’une dure étape.

Les journées s’allongent rapidement, la température devient plus clémente, la glace craque et commence à se disperser, les corbeaux ne sont plus les seuls oiseaux visibles… Bref, les éléments se lient pour nous annoncer que la paralysie tire à sa fin. Je vous l’accorde, pour l’instant il faut faire preuve d’un peu d’imagination pour voir ces signes, mais cherchez fort et vous les verrez! Dans l’archipel, cette étape de transition vers l’été s’accompagne d’une effervescence économique et sociale, avec le début de la chasse aux loups-marins et les préparatifs en vue de la mise à l’eau et de la pêche. Les bateaux sont même capables (un peu plus souvent du moins…) d’assurer une liaison constante avec le continent.

Le printemps annonce aussi un changement dans nos mœurs. Ne vous inquiétez pas, nous n’irons pas dans les détails scientifiques de cette observation. La douceur du soleil, qui nous accompagne quelque temps après les heures de bureau, nous rappelle qu’il est agréable de folâtrer un peu à l’extérieur… et même si les terrasses ne sont pas encore ouvertes. D’ailleurs, je compte les jours d’ici à ce que quelques téméraires (qui le paieront d’un bon rhume le lendemain) posent les premières chaises à l’extérieur des bars dans un ultime affront aux vents du nord et aux derniers spasmes de l’hiver.

Tout le monde est beau au printemps. L’ensoleillement permet d’atténuer la pâleur hivernale sur les visages et le cœur est un peu plus à la fête chaque semaine. On cherche les occasions de se réunir, on sort les BBQ dans cinq pieds de neige et on troque les manteaux rembourrés pour de plus légères tenues dès que le mercure oscille légèrement au-delà du seuil de congélation. Le sang bouillonne un peu plus chaque jour et le besoin d’être entouré devient presque viscéral. C’est comme si une longue période d’hibernation tirait à sa fin et qu’on réalisait à nouveau qu’il fait bon d’être ensemble.

Alors que Transport Canada annonçait récemment que l’archipel a vécu la saison hivernale la plus rigoureuse en 30 ans, mes attentes sont élevées pour le printemps. Lorsqu’on met le nez dehors, on doute un peu que cette saison parvienne un jour à percer l’accumulation de 15 mètres de neige (sans exagérer), mais j’y crois… d’ici le mois d’août.

La trame :

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