C’est quoi ton rôle ?

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Illustration : Vaejoun

 

« Jouer un rôle, c’est se laisser habiter sans se faire totalement envahir. C’est une manière d’apprivoiser quelqu’un » – Marion Cotillard

Cette semaine, j’ai envie de partager avec vous l’une de mes grandes passions : les jeux de rôle. Plus qu’une passion, les jeux de rôle ont contribué à faire de moi la personne que je suis aujourd’hui. Je trouve dommage que pour plusieurs, cette activité soit mal perçue et jugée négativement alors qu’elle a un si grand potentiel d’épanouissement. J’espère que ce texte contribuera à redorer le blason de ce formidable loisir.

Quand on vit sur un archipel, le reste du monde revêt une aura de mystère. Très tôt, les livres m’ont permis de répondre à cet appel de l’ailleurs, de voyager et de découvrir de quoi le monde était fait en dehors de nos Îles par le biais des mots et de mon imagination. Et puis, ma curiosité m’a amené à vouloir explorer aussi d’autres mondes, qu’ils soient passés ou complètement fictifs. Aujourd’hui encore, j’affectionne particulièrement la littérature de l’imaginaire, qui rassemble le fantastique, la fantasy et la science-fiction. Je crois que ce que je préfère de ces mondes imaginaires, c’est qu’en fin de compte ces histoires nous révèlent toujours quelque chose sur notre monde et sur nous-même, sur ce qui est et ce qui pourrait être. Mon premier contact avec les jeux de rôle fut à travers la lecture des livres dont vous êtes le héros, une collection de livres où l’on s’adresse au lecteur comme s’il était le personnage principal de l’histoire. Les paragraphes sont numérotés et à la fin de la lecture de chacun, le lecteur a le choix entre plusieurs possibilités qui le renvoient à d’autres paragraphes. Le lecteur ne joue pas un rôle à proprement parler puisqu’il se contente de choisir parmi des possibilités imposées, mais ces livres proposent des univers, un type d’aventures et des mécanismes de jeu similaires à ceux mis de l’avant dans les jeux de rôle. Les livres dont vous êtes le héros m’ont servi de tremplin vers les jeux de rôle.

Qu’est-ce qu’un jeu de rôle à proprement parler ? Il s’agit d’un jeu où les joueurs, qu’on appelle rôlistes, interprètent le rôle d’un personnage fictif ou réel dans un environnement fictif ou réel, un peu comme des acteurs dans une pièce de théâtre. Mais, contrairement à un rôle au théâtre, le personnage joué évolue au gré des décisions de la personne qui l’interprète durant le jeu. Le succès des actions des joueurs est évalué par un système de règles de jeu qui varie d’un jeu à l’autre.  Il existe plusieurs formes de jeux de rôle, dont le jeu de rôle sur table qui est un jeu de société coopératif (comme Donjons & Dragons), le jeu de rôle grandeur nature dans lequel les joueurs réalisent physiquement leurs actions (comme les Meurtres & Mystères) et les jeux vidéo de rôle joués sur ordinateurs ou sur consoles (comme les MMORPG). Celui dont j’ai fait le plus l’expérience est le jeu de rôle sur table, et sans doute le plus connu des jeux de rôle : Donjons & Dragons. J’étais au primaire la première fois que j’en ai fait l’expérience. J’ai eu la piqûre, comme on dit. J’ai été happé par cet univers médiéval-fantastique où cohabitent hommes, femmes, elfes, nains, gnomes et autres créatures qui peuvent êtres sorciers, guerriers, voleurs, bardes et toute une panoplie d’autres professions. Chaque race, chaque classe a ses particularités. Brasser tout ça pour monter une équipe équilibrée est toujours amusant.

J’adore créer un personnage, lui inventer un passé, une personnalité et des objectifs, m’en imprégner, me mettre dans la peau de ce personnage, le mettre en interaction avec d’autres personnages et improviser ses réactions face aux diverses situations inventées par le Maître de jeu, qui est un peu le scénariste et le metteur en scène du jeu de rôle. Ça a énormément contribué à déployer ma créativité. À la base, je crois que les gens créatifs sont attirés par ce genre de jeu, mais il est clair que s’investir dans un jeu qui cultive ce trait de caractère aide à le développer.

Les rôlistes passent le plus clair de leurs parties à résoudre des problèmes, un talent qui peut s’avérer très utile dans la vie courante. En effet, être confronté à des situations complètement inattendues est chose courante dans une partie de D&D, ou encore devoir se sortir du pétrin dans lequel l’un de nos coéquipiers a entraîné toute l’équipe par inadvertance. Ça force également à travailler en équipe ; on incarne généralement un groupe de compagnons d’armes qui ont une mission ou une quête commune à réaliser. Se serrer les coudes et s’entraider pour avancer fait donc partie intégrante de ce jeu.

Comme il s’agit d’un jeu de groupe, ça aide aussi au niveau du réseau social. Faire face à l’adversité, même dans un univers fictif dans le cadre d’un jeu de rôle, crée des liens qui peuvent évoluer en amitié durable hors du jeu. Je me suis fait des amis véritables en joignant des campagnes de jeu de rôle avec qui il était agréable de se retrouver pour rigoler, vibrer et déconner. Et puis, il y a toute une communauté de rôlistes à travers le monde. Ils viennent de tous les horizons et sont parfois très différents les uns des autres, mais sont unis par cette passion commune. Il est assez facile d’entrer en contact avec cette communauté, que ce soit via des blogues et lors de conventions. C’est une sous-culture qui est souvent mal comprise, à laquelle on associe trop souvent le stéréotype du rejet, du marginal. Moi, je l’adore. Oh, elle a ses défauts. Ce n’est pas parce que je l’adore que je suis incapable de la critiquer. Mais dans l’ensemble, je l’adore. Et elle s’inscrit dans une communauté plus large encore : la communauté geek.

Le moins que je puisse dire, c’est que les jeux de rôle ont eu un impact positif dans ma vie. Je garde des souvenirs impérissables des campagnes auxquelles j’ai pris part. Elles ont contribué à faire de moi l’écrivain et le comédien que je suis désormais. Elles m’ont aussi aidées à cultiver des habilités qui me seront utiles toute ma vie. Sans parler des précieuses amitiés qui se sont développées ou consolidées grâce à elles.

Essayez, ça en vaut vraiment la peine !

 

Ma trame :  Emerald Sword du groupe de power métal italien Rhapsodie of Fire, parce que parler de D&D m’y fait penser

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