Devrais-je partir ou bien rester…

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Crédit : Amélie Bureau

Quand on a, tout au fond de soi, un questionnement dont la réponse aurait le potentiel de faire chavirer notre vie, on a tendance à ne l’effleurer que lorsqu’on y est confronté de force. Aventurière, curieuse, voyageuse dans l’âme, éternelle étudiante qui devrait pourtant terminer ses études d’un instant à l’autre, je tremble. Et ensuite, quoi? Et ensuite, où? Et ensuite, avec qui?

« Devrais-je partir ou bien rester… »

Sans y répondre ouvertement, j’ai choisi de tâter le terrain, de m’envoler pour un nouveau séjour aux îles, en plein hiver cette fois, et d’explorer un peu ce qu’un avenir insulaire pourrait avoir à m’offrir.

Un matin, donc, les yeux encore collés de sommeil, je me rends dans cet immense hangar à avions, où l’attente est (comme d’habitude) très longue avant le premier décollage. Ça permet de rêver, l’attente. De rêver, et d’angoisser. Mais dès qu’on s’élève, ma tête s’arrête pour laisser mes yeux se remplir de beautés.

D’en haut, Montréal n’était qu’immensité blanche et bleue. Neiges, glaces, quelques remous dans un fleuve à demi endormi, et un ciel à perte de vue. Hiver grandiose, merveilles gelées.

Un bref arrêt à Québec m’a donné un mal d’oreilles horrible (je supporte peu les changements de pression), mais la vue du Saint-Laurent aux calmes mouvements m’a doucement apaisée. Le large cours d’eau aux glaces régulières inspirait une certaine majesté indescriptible.

Second arrêt, à Gaspé cette fois, où j’ai le souffle coupé de tant de merveilles naturelles. Je contemplais, immobile, les dénivellations montagneuses couvertes de conifères blanchis de frimas, saupoudrés de sucre à glacer. On y devinait facilement les nombreuses rivières : serpents immaculés qui se frayaient une route sinueuse à travers les forêts.

Le fleuve, de la rive, paraissait champ de neige durcie. Du haut des airs, il avait des allures de paysage lunaire : les glaces, ses cratères, fractales de givre, n’étaient délimités que par de minces fils d’eau.

À plusieurs kilomètres de la côte gaspésienne, une étendue de rien, des hectares de vide, de l’infini. Et soudainement, sans prévenir, elles sont apparues. Mes Îles-aux-merveilles. C’est la première fois qu’on se voit en saison froide, elles et moi.

On a survolé la Pointe-aux-Loups avant de passer au-dessus des vagues éclatantes de soleil. La lune laissait paraitre un pâle croissant dans la douceur bleue du ciel de midi. La mer et les cieux nous témoignaient, encore une fois, leur insondable complicité.

Quand l’avion s’est posé, un sentiment de soulagement heureux s’est répandu en moi. « Mesdames et messieurs, bienvenue aux Îles-de-la-Madeleine ». Enfin.

Et maintenant, plus que jamais, cette question me suivra à chaque moment de mes journées.

« Devrais-je partir ou bien rester… »

 

Amélie Bureau

 

La trame :

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