Sweet sixteen ou Lettre à l’ado que j’ai déjà été

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FreeImages.com/Sam Weng

Ti-Pou,

D’abord sache que je vais t’appeler Ti-Pou parce que c’est maintenant pour moi quelque chose d’affectueux, et une marque de proximité. C’est comme ça que j’appelle les gens que j’aime. Je sais que t’aimeras pas ça parce que c’est infantilisant, mais accorde-moi le droit de te donner au moins cette marque d’affection-là. C’est comme un « Ti-Pou » ironique, si tu veux. Y a un peu de LOL dedans. Okay okay, j’arrête d’essayer de faire le jeune.

La première chose, Ti-Pou, c’est que ça vaut la peine de vivre, et de vivre au-delà du sweet sixteen, dans la cour des pas mal grands. Ta vie ne s’arrêtera pas à la fin du secondaire; au contraire elle commence, elle est surprenante et inspirante.

Je veux que tu saches que tu en vaux la peine, que tu es déjà un être intéressant qui est aimé par du monde, même si des fois tu te sens tout seul. Dans quelques années, quelqu’un de ta classe te dira que tu avais une étonnante « force de caractère » et tu en reviendras pas de jamais avoir remarqué ça. Tu es tough, mon cher. Tu sais ce que tu veux et je pense que tu sais déjà comment l’obtenir, même si des fois le doute s’empare de toi. Le doute, ça fait partie de qui on est, toi et moi, et les humains en général aussi, je pense. C’est normal de douter, et tu réaliseras que les gens qui ne doutent pas, ben on les aime pas, toi pis moi.

Je veux aussi que tu saches qu’une vie, ça se rate pas. Pas à seize ans. Pas à vingt-sept non plus. Ça se déploie, ça grossit, une vie. Ça se décide pas toute au sortir de l’école. Tu dis que t’as peur de devenir un adulte, d’avoir des responsabilités… Mais avoir des responsabilités ne veut pas dire devenir plate, Ti-Pou. C’est plutôt acquérir de la liberté. Si ça peut te rassurer, je ne pense pas que je suis devenu un « vrai » adulte. C’est vrai que maintenant les gens de ton âge m’appellent « monsieur ». Ça me trouble toujours un peu, mais c’est correct. Je suis content d’être rendu là. Je suis devenu un adulte qui aime la vie, et qui fait ce qu’il aime. Le genre d’adulte que j’aimais bien à ton âge, finalement.

L’adolescence c’est dur pour ben du monde, Ti-Pou. On a l’impression que tout le monde veut qu’on décide de tout sur notre vie, et en même temps que tout le monde s’en fout. On vit des drames tous les jours, et les vieux sont juste condescendants. Ils nous appellent « Ti-Pou » (clin d’oeil clin d’oeil) et ils nous disent que leurs problèmes sont donc ben plus importants.

C’est pas vrai. Tes problèmes sont importants. Tu découvres plein de choses sur toi qui vont te servir beaucoup plus tard. Tu grandis, tu deviens tranquillement une personne à part entière. Ton corps devient plus grand, plus gros, plus poilu. Ça fait peur.

T’es pas laid. T’es pas grotesque. T’es pas dégueulasse. Tu fais pas peur.

Et sais-tu quoi? Les plus beaux de ta classe, ceux que tu trouves donc ben impressionnants parce qu’ils sont solides et que tout a l’air facile pour eux, c’est pas plus facile pour eux. Ils trouvent ça dur eux aussi. Ils ont leurs drames eux aussi. On connaît pas tout de tout le monde.

Et aussi : on embellit tous avec le temps. On est comme des belles fleurs qui éclosent. Oui oui, je te jure. Aujourd’hui, je peux te dire que je suis fier de quoi j’ai l’air. Je m’habille avec des couleurs funky et j’ai du plaisir à vivre.

Ça, c’est ben plus cool que d’avoir l’air d’être cool.

Ton ami,
Grand-Pou.

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