L’immensément petit

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crédit photo : Marie Michelle Boudreau

Madeleine.

Les gens la connaissent surtout parce qu’en été elle est belle et douce, parce qu’elle offre un repère loin de tout et des aventures inoubliables. Sa saison estivale est vive, frétillante, étourdissante.

Puis, les gens partent et on dit que c’est sa période tranquille. Pourtant, c’est pendant cette période qu’elle se déchaine. Les vagues brisent, la neige paralyse, le vent arrache.

Je pourrais passer des heures à regarder la mer exploser sur les caps, les éclairs déchirer le ciel, la neige avaler tout ce qui m’entoure. J’adore être sous la pluie. Je passe des heures dans la tempête seulement à la regarder tout balayer. La force des éléments me fascine et me donne l’impression d’être infiniment petite. Ça me fait sentir vivante, tellement vivante. Et ça m’enlève un poids immense de sur les épaules. Face aux forces de la nature, je me rappelle que je ne contrôle que peu de choses dans ma vie. Mes inquiétudes, ce que les gens pensent de moi, mes économies (inexistantes), ce que les gens pensent de ce que je fais, tout ceci est hors de ma portée.

Il y a des jours où je lâche prise pas pire, mais il y a des jours où j’essaie d’avoir le contrôle sur tout. Il y a des jours où j’ai l’impression que tout le reste de ma vie dépend d’un moment, d’un événement que j’organise, d’une entrevue que je passe, d’une job que j’aurai ou non l’an prochain. Il y a des jours où j’ai l’impression que ma vie m’échappe et que je devrais remuer ciel et terre pour la remettre sur les rails.

Il y a des tempêtes dans ma tête, trop de choses à penser, ne rien oublier, être performante, être fine, bien manger, être bien comme il faut, bien dans ma peau, tout réussir, ne pas demander d’aide. Puis vient la tempête, la vraie, dehors. Visibilité nulle, routes fermées, les Îles sont paralysées. Le nez dans la fenêtre, enfin le chaos dans ma tête s’apaise.

La force des éléments me remet à ma place. Me rappelle que mes décisions ne sont en fait que ça, de simples décisions. Que si j’échoue, que si quelque chose tourne mal, il y aura toujours demain. Qu’il y aura toujours le calme après la tempête.

Les Îles ne sont pas que belles et douces. Elles ne sont pas toujours tranquilles, ni un repère loin de tout. Elles brassent ben des affaires, sur son territoire et dans ma tête. Elles ne sont pas parfaites, mais quand j’en ai besoin, elles me ramènent à la bonne place et pour ça, j’ai envie de ne jamais les quitter (pour trop longtemps).

Le printemps revient, la vie reprend. Sur les Îles, dans mon coeur aussi. Toi et moi, on se réveille en même temps, Madeleine, pis ça fait du bien.

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