Rira bien qui rira le dernier

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« Je me presse de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer » – Beaumarchais

 

Une nouvelle écoutée ce matin à CFIM m’a inspiré ce texte. Comme quoi on a beau être isolés et éloignés du continent, les débats qui secouent le Québec se rendent jusque sur notre archipel.

 

La liberté d’expression est une liberté individuelle et un droit fondamental qui permet à tout citoyen et toute citoyenne d’exprimer le fond de sa pensée, le fruit de ses réflexions et ses opinions. Elle fait partie des valeurs démocratiques, et toute démocratie digne de ce nom la garantit à son peuple. Dans certains pays, des gens sont arrêtés, torturés ou même tués pour s’être exprimé contre le pouvoir en place. J’estime au plus haut point la liberté d’expression. Je suis écrivain. Exprimer le fond de ma pensée, le fruit de mes réflexions et mes opinions à travers des écrits, qu’il s’agisse d’un poème, d’une pièce de théâtre, d’une saga fantastique ou d’un billet comme celui-ci, est à la base de ce que je fais.

 

Cependant, j’estime que la liberté d’expression s’accompagne d’une certaine responsabilité. Surtout lorsque l’on dispose d’une tribune. « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilité » disait l’oncle Ben à Peter Parker. Une tribune, c’est le pouvoir de diffuser plus largement le fond de sa pensée, le fruit de ses réflexions et ses opinions. C’est aussi la possibilité d’influencer la pensée, les réflexions et les opinions des autres. Et puis, la liberté d’expression n’est pas dépourvue de balises. La diffamation et l’incitation à la haine, punies par la loi, me viennent spontanément à l’esprit. Tous les droits et libertés s’appliquent tant qu’ils n’entrent pas en conflit avec les autres droits et libertés.

 

Mike Ward est un humoriste. Son style peut être qualifié de « trash » et d’irrévérencieux. Pour être honnête avec vous, je n’aime pas son style d’humour, que je trouve gratuit et arrogant. Mais bon, ce n’est qu’une opinion, et c’est subjectif. D’autres l’adorent. Le procès qui l’oppose à Jérémy Gabriel n’est pas et ne doit pas être le procès de la qualité ou de la moralité du genre humoristique de Mike Ward. La vulgarité, le mauvais goût ou le fait de déranger ne sont pas des motifs valables de représailles. Le nœud de ce procès est de savoir si la blague que Mike Ward a faite et qui ciblait Jérémy Gabriel était de la diffamation à l’encontre de ce dernier et lui a été préjudiciable.

 

Ça ouvre aussi le débat à savoir si, sous le couvert de la liberté d’expression, les humoristes peuvent rire de tout et de n’importe quoi. Je veux bien croire que quand on ne vaut pas une risée, on ne vaut rien, mais le respect de la dignité de tout un chacun est un droit fondamental au même titre que la liberté d’expression. Et puis, il y a des sujets sensibles qui, dépendamment de la manière dont ils sont traités, peuvent avoir des effets très négatifs sur vie des gens au quotidien. Est-il juste que certains soient blessés pour que d’autres rient ou se bâtissent une carrière ?  Ces blagues qui ciblent des groupes de personnes ou des personnes bien précises contribuent-elles à maintenir certains systèmes d’oppression ou de discrimination ? Le droit d’exprimer son opposition ou son indignation en retour est-il suffisant ?

 

Une démocratie qui se respecte a besoin de caricatures, de parodies et de critiques humoristiques. Elles peuvent constituer des formes essentielles de contre-pouvoir. Toute personnalité publique s’expose à de telles choses, et je crois que dans une certaine mesure, c’est salutaire. Pointer les travers de notre société avec humour, faire redescendre certaines personnes de leurs piédestaux, c’est une bonne chose, comme l’est l’autodérision de manière générale. Pourtant, j’ai beaucoup de mal à défendre les blagues qui ont des conséquences négatives pour autrui. Il me semble que sans entrer dans le domaine de la censure ou de la police de la moralité, il y a mieux à faire que le statut quo pour protéger la dignité des citoyens et des citoyennes. Quoi, comment… je n’ai pas la prétention de savoir, mais je sais qu’on pourrait et qu’on devrait faire mieux.

 

Je crois que le procès de Mike Ward soulève plusieurs questions sur lesquelles nous devrions nous pencher sérieusement en tant que société. Malheureusement, je doute que la majorité se prête à l’exercice.

 

Ma trame : Pour l’occasion, voici I love to laugh tiré du film Mary Poppins de Disney !

 

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