Chez nous

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Crédit : Jean-Étienne Solomon

 

Hier l’été. Je suis enfin planté dans un paysage d’horizons.

Et me laisse redécouvrir le sentiment inexplicable de l’insularité.

Partout autour, à chaque degré, la mer, géante, apparait,  brasse et berce.

L’océan s’offre comme tableau. Parfois elle se fait huile, souvent elle se trouve agitée. La mer renvoie le rouge des falaises, la lointaine lumière du ciel et le profond de ses eaux.

Dans le ciel madelinot, aussi, la nature joue le peintre.

Dans leur course filante, les étoiles sont des coups de pinceaux.

Traçant de l’éphémère, des ponts et des constellations entre les astres.

À l’aube des perséides, j’entends ces lignes de Georges Langford, poète d’ici :

«Quand on vit sur une ile, la mer nous rappelle sans relâche que chaque pointe de terre, peut tenir lieu de continent.

Les morceaux de terre, comme les jours, sont comptés.

À l’échelle du cosmos, la Terre elle-même est une Île au milieu de la nuit. Ses morceaux sont comptés. À l’échelle de l’univers, tous les vivants sont des insulaires».

Déjà l’automne. Ici, la mer et le ciel se confondent souvent.

Dans chacun, on s’y perd. On y prend certaines racines, certains détachements, une grande leçon d’humilité devant l’immensité et le mouvement infini.

Une amie venue de loin est venue me visiter dans mon ile perdue en plein novembre.

Un matin, alors que je lui dit : « Allez viens, on s’en va chez nous. » Parlant de ma maison et de mes deux chats, elle fige.

Chez nous en parlant de mes Îles, chez nous en racontant l’Étang-du-Nord. Elle fige.

Fascinée par ces gens qui disent chez nous et non pas chez lui.

Je suis chez nous. Enfin. Aujourd’hui, en pleine tempête de janvier.

Le vent tient bien son nord et son ouest.

La mer se fait grosse.

Comme une mère se fait enceinte.

Belle et lumineuse.

Ça respire d’une vie infinie.
Et ça me fait penser à toi.

La trame :

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