Lendemain de veille

Titre : Frans Hellens
Crédit : Amedeo Modigliani, http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Frans_Hellens_by_Amedeo_Modigliani.jpg

La trame (à écouter en lisant) :

Yann Tiersen – Le moulin

La tête veut lui éclater. 10 h 42 au réveil. Il tente désespérément de se souvenir des détails de la veille. La fixation est intense, maladive presque. Sans cesse, une phrase entendue la veille lui revient en tête. Puis, les souvenirs se brouillent. Sa mémoire se modifie chaque fois qu’il repasse cette phrase. Le cillement dans ses oreilles le déconcentre et le fait souffrir au point de l’empêcher de réfléchir.

Il sort du lit péniblement. En s’étirant, il a la sensation d’avoir couru toute la nuit. Grosse soirée. Pourtant, rien ne laissait présager cette dérape. En fait, un peu. Mais rien de cette ampleur. Il savait que l’événement approchait. Ils en avaient parlé quelques fois auparavant.

Est-il propre? Bof, ça peut attendre. Avant, il faut manger.

En regardant son reflet dans le miroir, ses pensées se bousculent. Que s’est-il passé la veille pour qu’il en arrive à cet état? Était-ce si pire? Que faire maintenant? Qu’était-il en train de faire à l’instant? Ah oui! il faut manger.

Le réfrigérateur est presque vide. Il voit bien plusieurs aliments pratiques : œufs, lait, fromage, quelques légumes. Mais il n’arrive pas à s’imaginer comment les assembler pour en faire un repas. Cuisiner n’a jamais été son fort. Heureusement, il aperçoit un Tupperware, signe d’un plat déjà cuisiné. À l’intérieur se trouve un vieux restant de riz sauté. Après avoir placé le plat dans le four micro-onde, il regarde le clavier et se demande quel temps y entrer. Il fixe le clavier comme s’il voulait voir au travers. Avec efforts, il parvient à refaire surface et à faire cuire son plat.

Une minute à brûler avant que ce ne soit prêt. Les pas lents, il tourne en rond sans but. Il faut rester en mouvement. Sinon, il sait que l’inertie fera son œuvre. En toussant, il constate que la maison, à l’exception du bruit du four micro-onde, est silencieuse. À la limite, il y a de l’écho. La maison est tristement vide. Hier encore, il n’était pas seul à la maison.

Bip bip bip. La bouffe est prête.

En se vautrant dans le divan, Tupperware à la main, il tente de se rappeler une phrase en particulier. La phrase d’hier. Il se souvient du sens global, mais tente de se remémorer chacun des mots, comme s’ils étaient porteurs d’un sens caché, comme si sa compréhension était fausse. Une bouchée pourrait l’aider à réfléchir. Erreur. Le riz et les légumes sont mous et peu appétissants et la bouchée est à la fois froide et chaude. Il n’a jamais su estimer correctement le temps de cuisson nécessaire. Pourtant, c’est pratiquement le seul appareil dont il se servait dans la cuisine. De toute manière, il n’a plus faim.

En scrutant le coin du mur, son regard tombe sur une toile d’araignée inhabitée. Un des filaments flotte et se balance dans le courant d’air. L’araignée est sûrement partie avec l’arrivée du printemps.

Petite douleur sur la tempe droite. La phrase lui revient en mémoire. Les mots exacts : « Je ne vois pas d’espoir pour toi et moi. »

La trame :

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